Voilà un film qui semble placé sous le signe de l'obscurité : obscurité des prises de vue et du décor, les scènes se déroulant parfois dans une totale pénombre, ce qui ne manque pas de provoquer quelques épisodes de sommeil ; obscurité des esprits de cette communauté villageoise, perdue dans les Alpes, ensevelie sous la neige durant les mois d'hiver; obscurité de l'intrigue dont on peine à tirer quelque chose. Je sais que pour un public intello, il est de bon ton de ne pas donner de solution, de laisser le spectateur se faire son propre scénario : Haneke a montré tout son talent pour ce genre d'expérience. Mais n'est pas Hanneke qui veut. Là, on reste tout de même fort dubitatif, d'autant plus que les dernières minutes ne font qu'obscurcir encore davantage une intrigue qui n'en avait certes pas besoin. La comédienne est remarquable, mais on s'interroge tout de même sur les intentions de la réalisatrice. S'agit-il de nous confronter à la vie difficile en zone de haute montagne ? En ce cas, le film manque de vraisemblance : je sais que, sous la IIIe République, l'Etat était, beaucoup plus qu'aujourd'hui, soucieux de l'école publique. Mais est-il vraisemblable qu'une institutrice soit envoyée dans un hameau de 10 habitants maximum pour s'occuper de 2 enfants (ensuite, ils sont 4, il est vrai, mais cela est tout de même assez peu vraisemblable)? Ensuite, les matrones du lieu parlant patois, un des jeunes hommes (qui ignore le sort qui lui est destiné), traduit pour Aimée, la jeune institutrice, le récit auquel elle ne comprend rien : ce garçon, qui est né sur les pentes de ces montagnes, qui a toujours entendu parler patois et le parle sans doute lui-même, fait une traduction en français digne de Léon Zitrone, sans aucun accent, dans une langue châtiée qu'un académicien du quai Conti ferait sienne immédiatement. Le souci de la cinéaste, en dépit de ses veillées au coin du feu de bois, du chamois que l'on mange au premier de l'an et des danses locales, n'est pas la vraisemblance.