Tout étant dit ou presque dans le synopsis officiel ou dans les commentaires obligés (le film ayant été primé à Cannes), le public s'attend à autre chose qu'un récit à suivre, qu'une affaire à résoudre, qu'un acteur connu à juger. Et de fait, il n'y a ni frayeur, ni blague, ni suspense, ni scandale, ni mystère, ni effets spéciaux, ni même tristesse, chagrin, angoisse ou grand amour.
Néanmoins aucun spectateur ne mangera plus de Comté sans penser à ce film ! Rien que ça, c'est déjà un signe de travail bien fait (le travail de l'auteur essentiellement). Une réalité française est donc filmée sans le moindre artifice, le lieu, les gens de ce lieu, tout un monde : la Bourgogne Franche-Comté, avec son accent, ses vaches, ses bals du samedi, ses motocross. Et comme tout ce qui est cru, c'est-à-dire hyper naturel, c'est hyper émouvant.
Impossible d'imaginer un remake de ce film !
Ces gens du cru n'ont que faire de la culture ou des larmes, mais ils s'avèrent (avec leurs non-dit, leurs ignorances) être plus sensibles et plus émouvants que tant de personnages de films (avec leurs discours stylés ou pathétiques). Le coup de génie est d'avoir pêché et retenu des acteurs qui n'en sont pas - encore le travail de l'auteur.
Il y a comme un romantisme à l'envers (mais dans les apparences). Le regard d'un personnage fuit souvent la caméra. Le sexe n'est qu'un organe comme un autre. On filme beaucoup les gens de dos (à commencer par la longue introduction) ; façon de filmer toujours efficace, comme si les épaules d'un personnage portaient sur elles le poids de son monde - ce qui est toujours vrai.
A.G.