Voilà un petit film – sans que ce soit péjoratif. Un petit film peut être un grande œuvre. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti : l’histoire, le scénario, les comédiens… tout sonne juste, avec une vérité brute. Pas d’artifices, pas de faux-semblants.
Au début, j’ai eu un doute, un grincement intérieur, comme si ce film n’était pas actuel. Mais plus les minutes passaient, plus ce malaise s’est estompé. Ce film m’a fait ressentir, penser autrement, comme s’il éclairait une vision du monde que j’avais mise de côté. J’ai compris que mon regard de citadin, habitué à penser que le monde se lit à travers son prisme, était confronté à une autre réalité : celle de la ruralité. Une ruralité moderne, bien vivante, qu’on oublie trop souvent.
Évidemment, on peut relever quelques invraisemblances,
comme le fait qu’un ado, ou un très jeune adulte, s’occupe seul de sa petite sœur. En France, les services sociaux ne sont jamais bien loin ! Ou encore que le héros et ses copains ignorent les quelques règles fondamentales pour faire du fromage…
Mais pourquoi pas, après tout ? Ça crée un certain comique ! De mon point de vue, il faut savoir passer outre ces détails. Après tout, on a le droit d’écrire ce qu’on veut, de triturer la réalité pour en fabriquer une autre, plus cinématographique. On fait ça depuis des siècles ! Alors, à moi d’accepter ce parti pris, car il y a dans ce film tellement d’atouts bien plus importants que ces 2, 3 incohérences.
Ce qui peut déranger aussi,
c’est la fête à outrance, l’alcool qui se déverse. Mais comme c’est un film avec beaucoup de jeunesse, j’essaie de me rappeler de mes 18 ans, et des fêtes votives que j’ai faites, et bien j’en avais rien à faire de la société et de ses dictates, et j’y allais gaiement. Où est la différence avec la drogue à coco que l’on dit être l’une des plaies de notre société ?
Ce qui me laisse à penser que les personnages, de toute manière, vont évoluer, vont grandir et vont devenir adultes. D’une certaine manière, avec beaucoup de modestie, je dirais presque que c’est la jeunesse qu’on peut retrouver dans « la fureur de vivre », ou même dans « la haine », et qu’évidemment, même pour ces personnages plutôt bien bruts, il va y avoir un avenir. Il y a cet espoir d’une sorte de rédemption ou d’évolution des personnages. La fin le montre bien, je trouve.
Ce film a aussi cette force qu’on retrouve dans certains films américains : il ne dit pas tout, ne montre pas tout. Là où le cinéma français a tendance à intellectualiser, ce film laisse place au non-dit, à l’interprétation. Ce n’est pas un film de ploucs. Il mêle l’intelligence du cœur, du corps, de la terre, et intègre aussi à mots couverts les belles avancées intellectuelles et sociales de notre époque. Ce mélange d’authenticité et de sensibilité m’a touché.
Ce film est drôle, émouvant, avec de l’action, du sexe tranquillou bien vu… une p’tite claque. Moi, je vote pour le César, et pourquoi pas le Lion d’Or et l’Oscar !
Il m’a réveillé. Dans notre monde très urbain, il m’a rappelé que la vie rurale est forte, plus ancienne que nos villes modernes, et qu’elle ne disparaîtra pas. Pourquoi craindre nos racines paysannes ? Ce film parle de ça aussi… Sans critiquer l’autre monde, plus intellectuel, mais qui s’est parfois fourvoyé, déconnecté de l’essence et du sens de la vie.