On connait tous l’expression « Qui trop embrasse, mal étreint », une expression que nombre de spectateurs auront en tête à la sortie de "Little Jaffna". En effet, même si on éprouve de la sympathie pour Lawrence Valin qui, en tant que comédien, a toujours rencontré des difficultés pour sortir des rôles secondaires dans lesquels sa couleur de peau le cantonnait et qui a décidé de s’offrir un premier rôle dans un film se déroulant dans un environnement où presque tout le monde a la même couleur de peau que lui, on regrette un peu qu’il soit tombé dans le si fréquent piège du premier film, piège consistant à vouloir parler de tout ce qu’on a en tête, à vouloir ne rien oublier des influences qui, consciemment ou inconsciemment, vous ont plus ou moins marqué. On se retrouve in fine avec un film très brouillon qui tient par moment du thriller, par moment du film d’espionnage, par moment du « film de baston », par moment du film politique, par moment du film social sur les dilemmes que vivent les immigrés partagés entre la loyauté envers leur communauté d’origine et celle envers leur pays d’accueil et même, par moment, de la tragédie shakespearienne versant « Roméo et Juliette » revue à la "West side story", avec les rivalités entre bandes ennemies à propos d’une histoire d’amour dans laquelle Puvi est impliqué. Dans sa manière de filmer, Lawrence Valin se revendique surtout de l’influence de Martin Scorcese, mais aussi de celles de James Gray et de Quentin Tarantino, tout en reconnaissant des clins d’œil donnés au cinéma de Sergio Leone et à celui venu du sud-est asiatique, coréen ou hongkongais sans oublier les films en langue tamoule de Kollywood dans lesquels joue le comédien Vijay. La plupart des acteurs de Little Jaffna sont des amateurs à l’exception bien sûr du réalisateur qui interprète le rôle de Michael, de Radikaa Sarathkumar, grande star du cinéma indien qui interprète le rôle de la grand-mère de Michael, de l’écrivain et acteur indien Vela Ramamoorthy, l’interprète de Aya, et de Marilou Aussilloux, qu’on avait fort appréciée récemment dans "La pie voleuse" de Robert Guédiguian. Lawrence Valin tenait à tourner son film en scope. Maxence Lemonnier, le Directeur de la photographie, fait un très bel usage de ce format, montrant, en accord avec le réalisateur, la stabilité qu’apporte la grand-mère en tournant en plan fixe les scènes qui la concernent et utilisant la caméra à l’épaule pour tourner les scènes d’action pleines d’énergie. Film vu au Festival de Rousset.