Pour le lecteur pressé, en moins de 3 minutes :
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Little Jaffna débarque sur la pointe des pieds, l’air grave, la gueule fermée, et pourtant ils crient quelque chose. Little Jaffna, c’est pas un hurlement, c’est un souffle – presque un soupir – mais un soupir chargé de plomb. Un jeune flic tamoul, Aathi, retourne chez les siens pour infiltrer une mafia qui n’a rien d’exotique : c’est pas Bollywood ici, c’est le périph’ et ses coins d’ombre. Et tout doucement, ce qui devait être une mission devient un labyrinthe intérieur. L'identité, la loyauté, la famille ? Autant de cordes qui finissent en nœud coulant.
Valin, le réal, il a du style. Pas du clinquant, non, du feutré. Il filme les silences comme d’autres shootent les courses-poursuites. Il aime ses personnages, trop peut-être. À force de retenue, il freine son propre film. Comme un pilote qui met les warnings en pleine ligne droite. C’est frustrant. Parce qu’on sent bien qu’il a de l’or entre les mains — une diaspora invisible à l’écran, une tension sociale explosive — mais il l’enterre sous des couches de prudence narrative. Comme si on lui avait chuchoté à l’oreille : “surtout pas trop fort.”
Et pourtant, ça joue. Yatharth, en Aathi, il porte le film sur les épaules comme Atlas trimballait le globe. Fatigué, discret, dangereux. Les seconds rôles ? Solides. Karthikeyan a ce regard de granite, celui qui dit “je sais” sans bouger les lèvres. Thanushka ? Une ombre qui serre. Rien à dire. Si le film tient debout, c’est en grande partie grâce à eux.
Mais voilà : y avait un potentiel pour un choc, on se retrouve avec une secousse. Rien de honteux, hein. Mais on n’est pas dans Un Prophète, ni même dans un sous-Gomorra. Et ce Paris interlope, au fond, méritait mieux que des plans sages et une narration tiède. C’est le paradoxe du film : brûlant sur le papier, tiède à l’écran.
Un thriller social ? Oui. Un portrait d’homme ? Aussi. Un grand film ? Pas vraiment. Mais un petit film honnête, qui aurait pu griffer et se contente de flatter. Dommage. Même les fantômes de Colombo auraient préféré plus de nerf.