Little Jaffna est né du vécu de Lawrence Valin, lui-même issu d’une famille franco-tamoule. Fasciné par les questions d’identité et de transmission culturelle, il a voulu explorer le tiraillement entre deux mondes : celui de ses racines tamoules et celui de son quotidien en France. Ce projet est aussi le prolongement de ses courts-métrages, notamment The Loyal Man, où il expérimentait déjà des thématiques similaires à travers un récit de vengeance et de loyauté.
En plus de réaliser le film, Lawrence Valin interprète également Michael, le personnage principal. Ce double rôle a représenté un défi logistique et artistique : il devait jongler entre sa performance devant la caméra et la gestion du tournage. Pour y parvenir, il s’est appuyé sur une préparation intense, notamment des répétitions avec les acteurs et une collaboration étroite avec son directeur de la photographie afin de garder du recul sur son propre jeu.
Le film a été tourné en grande partie dans le quartier parisien de La Chapelle, surnommé Little Jaffna en raison de sa forte communauté tamoule. Pour renforcer l’authenticité, certaines scènes ont été captées au cœur de la vraie fête de Ganesh, un événement majeur pour cette communauté. Cette approche immersive a permis d’intégrer la foule, les processions et l’énergie vibrante du festival dans la mise en scène, donnant ainsi une dimension semi-documentaire au film.
Alors que de nombreux films du genre intègrent une histoire d’amour pour humaniser le protagoniste, Lawrence Valin a pris le parti de ne pas donner de romance à Michael. Ce choix reflète son désir de se concentrer sur la dualité du personnage et son conflit identitaire, évitant ainsi toute distraction qui pourrait détourner l’attention de la tension dramatique.
Lawrence Valin a puisé dans le cinéma de Hong Kong, notamment les films de Wong Kar-wai (Les Anges déchus, Chunking Express), pour créer une atmosphère stylisée où les mouvements de caméra et la lumière jouent un rôle narratif fort. L’influence du cinéma indien, en particulier du Tamil Nadu, se ressent également à travers certaines séquences d’action et la musique, qui mêle sonorités tamoules et électro contemporaine.
Le film met en avant une distribution atypique : certains acteurs sont des figures reconnues du cinéma tamoul, comme Raadhika Sarathkumar, tandis que d’autres sont des non-professionnels issus de la communauté tamoule en France. Ce mélange a contribué à ancrer le film dans une réalité sociale tangible, avec des dialogues souvent inspirés de conversations réelles entre les membres de la diaspora.
Contrairement aux codes traditionnels du thriller, qui privilégient souvent des teintes sombres, Little Jaffna adopte une esthétique audacieuse et colorée. Inspiré du pop art et du cinéma indépendant américain (comme Harmony Korine), Lawrence Valin a cherché à jouer sur des contrastes forts entre la nuit urbaine et les couleurs éclatantes des vêtements et néons, donnant au film une identité visuelle singulière.
Little Jaffna a obtenu en 2024 le Chistera du jury jeunes long-métrage au Festival de Saint Jean de Luz. Ce prix est assorti d’une forte dotation par le fonds Porosus, qui vise à soutenir l'émergence de jeunes talents dans le domaine du cinéma.