Vu à Cannes en mai dernier, Deux procureurs s’impose comme un film d’une rigueur glaciale et d’une puissance implacable.
Le film frappe d’abord par sa maîtrise formelle : le format carré enferme littéralement les personnages dans un monde sans échappatoire. Chaque plan fixe, au cadrage millimétré, associé à une lumière froide instaure une atmosphère d’angoisse et d’étouffement, et participe à la dénonciation de la rigidité du système politique de l'époque.
La première partie, un huis clos étouffant dans une prison, est d'une tension phénoménale. Le réalisateur n'hésite pas étirer le temps avec de longues séquences de traversées de couloirs, d'ouvertures de porte et d'attente, dans une ambiance étouffante où chaque personnage semble espionner le protagoniste.
La seconde moitié sera plus classique dans son déroulé mais sans perdre de son efficacité, grâce notamment à un casting impeccable (le procureur général, le secrétaire ou encore les ingénieurs du train).
Le film reste néanmoins exigeant : long, âpre et d'une sécheresse émotionnelle qui peut refroidir les amateurs de récits fluides, romanesques et émouvants.
Deux Procureurs est malgré tout une vraie proposition de cinéma où la forme, froide et austère, est au service de la dénonciation nécessaire de son sujet.
Du noir et blanc pour un film noir....immersion immédiate dans un monde ou les mots, les errances sont interdites sous peine de ......des images sombres et sublimes ,des acteurs qui incarnent les personnages avec brio et un homme procureur jeune et un peu naïf qui tente et innove la justice et qui découvre pas a pas le pays dans lequel il vit .... cB
une toile grandiose avec un acteur principal (un jeune idéaliste bolchevique) époustouflant par son calme, sa détermination, sa patience et sa lucidité, se trouve confronté à un mutisme généralisé...蘿 Effectivement, la lenteur des scènes assez osé pour un thriller, où en apparence, il ne se passe rien, est rempli d'un silence criant "à la justice" au nom de la croyance communiste...et où les acteurs et la brillante mise en scène appuient ce sentiment dans lequel plonge le spectateur croyant encore possible de briser cet épais mur de glace .... Quoique ce film soit monté par un ukrainien, il nous plonge dans la même type ambiance qu'un film russe, où l'espoir n'est qu'une chimère, où le peuple n'est pas considéré..... Pour conclure, une belle réalisation, historique et contemporaine à la fois, à découvrir !
Très beau film qui donne une idée assez précise de ce qu’est une dictature et de ce que fut le régime paranoïaque de Staline et le massacre du NKVD…  D’autre part, les Comédiens et la mise en scène sont très bonnes.  A voir absolument surtout pour les gens qui pensent qu’on n’est pas heureux dans une démocratie! 
L'horreur des camps stalinien est montrée avec réalisme. ce jeune procureur semble cependant très naïf et découvre la situation avec l'illusion de convaincre Vichinsky grand maître des procès de Moscou. Il est méritoire de montrer cette période mais un minimum de volonté à comprendre cette ignominie aurait été souhaitable je préfère des films comme "chers camarades ' ou "Le cercle intime" donnant du stalinisme une vision plus fine.
Déçu par ce film d’autant que le sujet était prometteur . Trop lent , peut être que ce rythme est voulu mais quand même!!! Par contre, on aborde bien l’ambiance des purges staliniennes où on pouvait être enfermé pour un rien. Deux procureurs , deux justices .
Deux procureurs du réalisateur ukrainien Sergueï Loznitsa se veut être un film historique pas comme les autres, pas sous la forme d’une longue fresque de faits mais plutôt de la reconstitution minutieuse d’une ambiance psychologique, ici la grande terreur stalinienne, dans un contexte de conflit ukraino-russe qui n’est pas sans rapport. La VO est donc en russe mais dans un accent apparemment inadapté à la période selon une spectatrice ukrainienne. Il s’agit aussi de l’adaptation d’un roman éponyme, il est important de le rappeler, ça signifie qu’on ne peut pas éviter un certain côté fictif et romancé. Le montage final est une succession de plans fixes, parfois styles théâtres, d’une violente lenteur -beaucoup de jeux de regards et de portes à ouvrir et fermer- qui rapidement crée un malaise et nous plonge dans l’attente d’une chute -qui finira immanquablement par arriver. Certains dialogues font froid dans le dos d’étrangeté et des petits détails comme la blague entre le directeur et le gardien renforcent cette ambiance malsaine. La bande son aussi, tous les bruits de la prison participent à ce climat étouffant, encadré des apparitions du thème musical qui prend la forme d’une marche funèbre historique (sans oublier l’ironie de la chanson à la guitare). Ce qui frappe dans ce climat de terreur c’est qu’effectivement : peu de gens sont au courant de l’ampleur des arrestations et des tortures infligées aux victimes, et encore moins de leur commanditaire, Staline en personne, qui, on le voit dans le film, est considéré comme un héros par le peuple russe, tout comme Lénine avant lui (cf le vieux dans le train). On peut s’interroger sur le choix de montrer le procureur Andreï Vychinski en procureur général seulement froid mais calme alors qu’il était connu pour sa violence et ses crises de colère.
La sobriété implacable d'un combat perdu d'avance, de l'individu face à la raison d'état, de l'idéalisme et de l'intégrité face au cynisme et à la volonté de gouverner contre l'intérêt du peuple. L'humain sacrifié et les institutions mises au pas et détournées de leur sens premier. Une distribution parfaite dans un récit dont l'atmosphère lente représente l'oppression et la fermeture des issues quand les premières victimes d'une nation sont ses propres citoyens, jamais à l'abri de l'arbitraire et du soupçon permanent. Une page d'histoire qui entre en résonance avec d'autres pages.
Sergei Loznitsa est un réalisateur à sang froid. Dans la description de la terreur stalinienne ça a un intérêt : par un récit simple qui avance à coup de grands à-plats grisâtres, une ascèse (un peu démonstrative) du cadre et du découpage, il parvient à nous plonger dans une ambiance menaçante en tous ses recoins, un chape de plomb paranoïaque où l’on se sent radicalement vulnérable. Le défaut de cette approche clinique et théorique, c’est qu’à force de ce léger surplomb entomologique d’où le cinéaste regarde le monde, il finit par le déréaliser. Les personnages deviennent des marionnettes qu’il agite savamment, estompant ce que la terreur réelle a de diffus, de quotidien, de progressif, de proprement insensé, et de tragiquement plus imprévisible que le scénario démonstratif ici mis en place.
Ai vu «Deux procureurs » du cinéaste ukrainien Sergei Loztnitsa qui a représenté son pays lors du Festival de Cannes 2025, dans la compétition officielle. Une image carrée au format 4:3 qui emprisonne ses personnages mais aussi le spectateur, une uniformité des couleurs dans les tons noirs, gris, bruns et ocres où seulement quelques accessoires d’un rouge flamboyant ressortent, une musique de quelques secondes entre la fanfare de cirque et Kurt Weill vient ouvrir chacun des trois chapitres, une lenteur désarmante pour illustrer l’attente en prison, dans une salle d’attente, où celle d’une décision qui est déjà en soi un début de torture, et des cadrages sublimes qui donnent priorité aux portes fermées, aux grilles, aux barreaux. La mise en scène de Sergei Lostnitsa est remarquable pour illustrer la démarche d’Alexandre Kornev (Aleksandr Kuznetsov) tout jeune procureur de province, qui en Union Soviétique en 1937 sous Staline, croyant bien faire et porté par son intégrité, va à Moscou défendre la cause d’un prisonnier (Alelxandre Fillipenko) accusé à tort et torturé, auprès du Procureur Générale de la capitale. Pendant deux heures, aucun mouvement de caméra, tous les plans sont rigidement et magnifiquement fixes comme pétrifiés par cette pesanteur insupportable où les murs ont des oreilles et les indivis sont effrayés par la dénonciation. L’interprétation intense de Kuznetsov et son regard pénétrant et implacable est saisissante tout comme celles de ses partenaires, qui sont tous des acteurs qui ont fuis la Russie après l’invasion en Ukraine. Car ce film nous parle tout autant de la Russie actuelle et de l’emprise du pouvoir sur la justice. Ce miroir fixe et glaçant qui nous est tendu n’est jamais complaisant et met à mal les nerfs du spectateur, mais j’ai adoré cette forme âpre et exigeante qui percute de plein fouet la patience et l’esprit.
Drame sombre qui se déroule pendant la période Totalitaire de staline Action lente principalement dans une prison dans un univers implaquable où tout n'est que mensonge et trahison
Dès le début on devine déjà le sort qui attend ce jeune procureur idéaliste. Le réalisateur prend beaucoup trop de temps pour dénoncer le régime de Staline. On regarde souvent sa montre ! Dommage
En 1937, alors que la grande purge stalinienne bat son plein, un jeune procureur tout juste nommé dans sa province enquête sur les exactions du NKVD, ancêtre du KGB. Filmé en format carré, en plans fixes, ce film est d'une efficacité confondante même si la lenteur et la sobriété des dialogues pourra dérouter certains. Certaines scènes, comme celle du train avec le vieux soldat narrant sa rencontre avec Lénine, m'ont fait penser aux films d'Eisenstein mais c'est celle du siège du procureur général à Moscou qui est la plus réussie à mon sens, où on touche à la folie administrative proprement inhumaine, très kafkaïenne. Un grand film en forme de parabole sur l'oppression stalinienne. Et celles qui suivent... Efficace, hallucinant et glaçant. A voir.