Kane Pixels adapte Backrooms, sa série de vidéos Youtube flippantes sur un prétendu gars paumé dans une succession de pièces vides, ou meublées de façon étrange, et parfois arpentées par des bestioles, mixant toutes les petites angoisses de ses courts-métrages pour en faire un long. L'ambiance poisseuse y est (le combo "pièces + musiques" bizarres sont ce qu'il y a de plus réussi dans le film, arrivant à générer du malaise instantanément), Chiwetel Eijofor et Renate Reinsve sont en forme, et voilà, on peut déjà refermer la porte. Pourquoi ? Parce que, si vous poursuivez dans la pièce suivante, intitulée "Scénario", vous allez vous faire très peur, sur le monticule d'incohérences et de mystères à deux balles (pour paraître plus intelligent qu'il ne l'est réellement) que Backrooms peut accumuler. Par où commencer... On tique sur des détails assez bêtes, comme le fait que le héros (Clark)
nous montre que les monstres de cet univers sont faits d'une sorte de gelée "mangeable" (évidemment, la première idée quand on croise un monstre à dix yeux, c'est "Et si je lui prenais de la bidoche pour la goûter ?"... Mais bien sûr) et que dix minutes plus tard, le Monstre Capitaine se fait éclater la tronche en saignant abondamment (pas de la gelée, quoi...). Pourquoi est-il différent ? Qui sont ces gens monstres ? Pourquoi les deux assistants de Clark n'ont pas droit à leur copie ?
A force de cogiter (buter) sur l'explication de cet univers, on a l'impression de faire le taf du scénariste fainéant, qui espère que "le mystère" jouera en la faveur d'une image de marque auteuriale du film. Calme-toi, Kane, tu n'es pas David Lynch. On était tellement content, il faut dire, jusqu'à l'arrivée des
scientifiques
qui gâche tout, avec notre propre lecture du film : pour nous, tout
n'était que dans la tête de la psy, depuis le début. Elle a vécu une enfance chaotique avec une mère folle à lier qui la met à l'abri dans un espace "de sécurité" (réel ou pas) qui est une backroom, puis elle grandit sans pouvoir s'aider elle-même (elle est une personne triste dans l'intimité)
et voilà qu'arrive un patient qu'elle n'arrive pas à aider, qui a lui aussi un trauma avec une femme (son ex). De là, on a tout projeté. Le fait que les backrooms de Clark ont
le même liseré marron à 70cm du sol que la salle d'attente de l'asile de la mère, ont un sapin de Noël avec un corps d'enfant qui se noie dans le sol tandis que Maman à côté est zinzin, ont un panneau "Stop" et un tas de meubles bordélique
qui, visibles l'un à la suite de l'autre, représentent le
monceau de chaises que la mère de la psy avait collé à la porte d'entrée, empêchant la gamine de sortir. Idem, les camisoles blanches qui sont les "gens dangereux" qui veulent attraper la mère et la fille,
auraient pu être ces monstres humains qui déambulent entre les pièces. Mais non, on s'est fait jeter notre explication (qui nous rendait heureux, notre film mental marchant plutôt pas mal, tandis que celui de l'écran se casse la gueule en permanence) par l'arrivée des
scientifiques
à la fin, qui tirent un trait sur tout ce qu'on pensait, et laissent volontairement des trous béants pour "faire bien" (pourquoi ont-ils un stock de pancartes "Cro-Magnon", ce sont eux qui vont les mettre dans les backrooms, et si oui, pourquoi ?! Bref : une image mystérieuse, dix questions "pourquoi" qui en ressortent). Dommage, quel dommage. On essaie de n'être pas trop vindicatif envers ce film réalisé par un novice (c'est toujours honorable), à l'ambiance sonore et visuelle vraiment malaisante, et aux deux acteurs principaux investis. Mais quand même, plutôt qu'une backroom, c'est une salle d'écriture que les scénaristes devraient visiter, promis, celle-là ne mord pas.