En l'espace d'un mois, la planète cinéma s'est mise à tourner en boucle autour de deux phénomènes horrifiques qui ont réussi à mettre à genoux Star Wars et Les Maîtres de l'Univers. Le premier, Obsession, est parti pour devenir un classique de la génération Z. Et le second, Backrooms, achève de convaincre que les vidéastes Youtube méritent mieux que d'être considérés comme des turbines à références pop. Pensez-vous, le film de Kane Parsons tire son concept d'une simple photographie publiée sur les forums 4chan en 2011. Un espace liminaire, des couloirs sans fin, des tapisseries jaunes et des néons. Il n'en faut pas plus pour que les internautes de tous poils y injectent leurs créativité...et leurs angoisses. Kane Parsons est de ceux-là, il créé sa propre web-série sur le phénomène internet. Et quatre ans plus tard, le voilà à la tête d'un premier film à 10 millions sur le même sujet. Pour un jeune cinéaste de 20 ans, Parsons fait déjà montre d'un style indéniable dans la première heure, qui déroule son programme et la découverte de ce lieu caché avec un mélange parfait de minimalisme et de tension. Les cadres sont travaillés, les plans fixes et mouvements font travailler l'esprit du spectateur et sans effort, l'amène à juxtaposer ces immenses salles vides avec notre monde matériel (la maison, le parking, le magasin de meubles,...). Idée toute simple mais imparable pour diffuser un sentiment d'inconfort quasi-inexplicable. Et la manière d'utiliser les focales courtes, déformant les perspectives, fait littéralement ressentir que les personnages sont inexorablement écrasés par leur environnement. Certains éléments restent soumis à l'interprétation, tant mieux. Car c'est dans la seconde partie, plus explicative, que Backrooms se prend les pieds dans le tapis. À partir du moment où le personnage de Mary (Renate Reinsve, parfaite) prend les commandes, le récit s'égare dans la thérapie peu inspirée et dévoile un antagoniste un peu trop grotesque pour être réellement flippant. Et on peut trouver à redire sur le développement de Clark (Chiwetel Ejiofor, très bon). Comme souvent, ce qui fait le plus peur c'est ce qu'on ne voit pas, ce que l'on projette. Et finalement, Backrooms est une œuvre d'atmosphère plus qu'un moment de terreur, qui nous met face à quelque chose qu'on croit reconnaître mais sur lequel on arrive jamais vraiment à saisir le sens. Donc, plutôt pas mal pour un premier film.