J'ai beaucoup aimé ce film, pour plusieurs raisons. D'abord parce que, ouf, ce n'est pas un de ces énièmes films envahi de musique à tout de champ, et qui finissent pas vous mettre la tête comme un comptoir à gaz. Ensuite parce qu'il n'y a strictement aucun effet visuel à la mords moi le pneu. Et aussi parce que la photo est propre, simple, efficace. Donc un film relativement aisé à suivre, et surtout "apaisant" à voir. Pour ce qui est du jeu des acteurs, mention particulière à Sean Patrick Flanery, qui m'a fait penser à Edward Norton dans "Peur primale". Quant au psychiatre, il joue le psychiatre, et pas autre chose, et tant qu'on n'a pas rencontré ce genre de profession, on ne se rend pas compte à quel point l'acteur est pile poil dans son rôle: un psychiatre c'est pas Mère Térésa, c'est limite un robot dénué d'expression humaine. Ne cherchez pas l'empathie chez lui ou la compréhension: il est là pour vous écouter et parler, pas pour vous offrir une épaule compatissante ou sursauter d'effroi quand vous lui confessez une horreur. J'ai aussi lu des critiques assez acerbes sur les points soulevés par le condamné, l'euthanasie et l'avortement. Je n'ai pu m'empêcher de sourire car j'ai pensé aussitôt :" Tiens voilà une bien belle consonance cognitive qui vient de frapper à la porte". Il faut être d'une grande naïveté pour penser que le condamné pose un jugement; à travers ces deux sujets, il se contente juste de nous renvoyer en pleine face notre hypocrisie, nos paradoxes, nos antagonismes. Là aussi, il suffit de côtoyer ce domaine particulier qu'est celui de la mort pour exploser de rire lorsque qu'on voit à quel point les débats enflammés sur l'euthanasie, qui déchirent la société civile, sont à la ramasse complet de ce qui est réalisé en vrai, et en dessous des radars. On vocifère pour la guerre au Proche Orient, et on observe un silence assourdissant pour la guerre en RDC qui depuis 1996 a causé la mort de 6 millions d'êtres humains ( non je n'ai pas fait de fautes de frappe, c'est 6 millions) : puante hypocrisie. On flingue aux EU un médecin pratiquant l'avortement, alors que la veille, on défilait avec une pancarte sur laquelle était inscrit :" La vie est sacrée" : déconcertant paradoxe. Ce que dénonce le condamné, Al Pacino le fait avec encore plus de verve et d'explosivité dans :" L'associé du Diable ". Notre société nage dedans en permanence, l'hypocrisie. Donc évoquer ce qui relève du factuel n'est en rien un jugement, c'est un fait et point barre: si j'énonce que l'eau ça mouille, j'énonce un truisme, et non pas que je suis hydrophobe. Au final, ce film mérite le détour, est bien tendu, pas de point mort, propre et bien léché, n'est pas innovant certes sur ce sujet, mais quand on voit la foultitude de navets survendus sur la grand écran, il constitue un agréable détour. Mention toute particulière à Sean Patrick Flanery, comme quoi nul besoin de se nommer Jack Nicholson pour jouer avec brio le personnage habité.