Adapter Dragons, chef-d'oeuvre d'animation de DreamWorks sorti en 2010, en prises de vues réelles, relevait presque du sacrilège. Fallait-il vraiment "défigurer" ce classique moderne ? Fallait-il oser ? Et surtout, avait-on encore quelque chose à dire ? La bonne nouvelle, c'est que Dean DeBlois, créateur et réalisateur de la trilogie animée, est de retour à la barr. Et c'est peut-être ce qui sauve le projet d’un crash en règle.
Ce remake est d’une fidélité presque chirurgicale. Parfois trop. Scènes, dialogues, musiques : tout est là, soigneusement répliqué. Résultat ? On a souvent l’impression de jouer au jeu des sept différences, guettant le moindre changement de décor ou d’interprétation. Il y a bien quelques variations – notamment un final spectaculaire digne de Godzilla, ou une émotion plus palpable dans certains regards – mais elles peinent à justifier l’existence même de cette relecture.
Sur le plan technique, Dragons (2025) impressionne. Les séquences aériennes au-dessus des falaises et des mers donnent le vertige et font honneur à l’univers de l’original. Le bestiaire, lui, est d’une belle richesse, même si l’omniprésence d’effets numériques donne parfois une sensation d’artificialité. La direction artistique du village viking, par exemple, paraît curieusement pauvre, presque “fake” dans les premières scènes. Mais la magie opère tout de même lors des grandes envolées, grâce à une photographie soignée et une musique qui réveille la nostalgie.
Côté casting, Mason Thames (Harold) s’en sort honnêtement, mais peine à égaler le charisme animé de son alter ego d’origine. Gerard Butler, en Stoïk le Vaste, amuse dans une autodérision bienvenue, mais les personnages secondaires manquent globalement de relief. Le film prône un message toujours aussi touchant – paix, ouverture à l’autre, rejet de la brutalité – mais il le fait en pilotage automatique. Le souffle émotionnel est là, certes, mais sans la surprise.
Si l’on prend ce Dragons comme une porte d’entrée pour les plus jeunes dans cet univers, c’est une belle réussite : le film est rythmé, généreux, spectaculaire, avec une morale limpide et humaniste. Mais pour les connaisseurs de l’original, ce remake ressemble à une très belle photocopie, légèrement délavée. On aurait aimé plus d’audace, plus de réinvention, moins de dépendance au passé.