Zone grise
Le britannique James Hawes est avant tout un spécialiste de la série TV d’action. Il a tenté de plaquer son savoir faire sur ces 123 minutes d’espionnage à travers le monde. Mais voilà, sans les moyens et les idées dont bénéficient les James Bond, Mission impossible et Cie, le résultat est plus qu’en demi-teinte. Charlie Heller, un cryptographe de la CIA aussi brillant qu’introverti, voit son existence basculer lorsque sa femme décède durant une attaque terroriste perpétrée à Londres. Déplorant l’inaction de sa hiérarchie, il prend alors l’affaire en mains et se met à la recherche des assassins, embarquant pour un dangereux voyage partout à travers le monde pour assouvir sa vengeance. Intéressant lorsqu’il traite de la normalisation de l’ultra-surveillance, ce film l’est beaucoup moins quand il tente de se glisser dans le costume du thriller d’espionnage classique.
Le coup de l’antihéros brillant mais vulnérable et maladroit, on nous l’a fait tellement de fois que ça ne surprend plus personne. Même si le suspense reste efficace, on a du mal à suivre notre bureaucrate – reconverti en homme d’action-, à travers ses pérégrinations à travers le monde. Certes, le cahier des charges du genre thriller d’espionnage est respecté,: fusillades, combats à mains nues ou à l'arme blanche, courses-poursuites, chantages, trahisons, agents doubles – ou troubles -… Une chose est sûre, ne vous attendez pas à une once de vraisemblance dans tout ce bazar, vous perdez votre temps. Pour ma part, je pense que ce film aurait du être une série de 6 épisodes, ce qui aurait évité de sacrifier les quelques bonnes idées qui parsèment le scénario en prenant un peu plus de temps pour les développer. Ce qu’on appelle a revenge movie, ne convainc que par intermittences et surtout se retrouve plombé par un festival d’ellipses rendant la quête du héros trop souvent incompréhensible. Les amateurs du genre y trouveront peut-être leur compte, mais les autres ???
Rami Malek permet au film d’échapper au cliché des cyborgs body-buildés devenus la norme du genre. En campant un héros maladroit et fragile, on sort un peu des sentiers battus. Le casting, avec Laurence Fishburne, Rachel Brosnahan, Caitriona Balfe, John Bernthal… répond aux ambitions du film mais pas le scénario bâclé et brinquebalant. Dommage, le projet semblait original. Le résultat est bâclé et donc décevant.