Jusqu’à la lie
« L’amour est-il forcément inconditionnel ? » « Si tu commettais le pire, pourrais-je continuer à t’aimer ? » Ce sont les questions centrales posées à la fois par Delphine et Muriel Coulin et le roman qui a inspiré ces 118 minutes, de Laurent Petitmangin Ce qu’il faut de nuit. Voilà donc l’origine de ce pitch : Pierre élève seul ses deux fils. Louis, le cadet, réussit ses études et avance facilement dans la vie. Fus, l’aîné, part à la dérive. Fasciné par la violence et les rapports de force, il se rapproche de groupes d’extrême-droite, à l’opposé des valeurs de son père. Pierre assiste impuissant à l’emprise de ces fréquentations sur son fils. Peu à peu, l’amour cède place à l’incompréhension… Un film bouleversant qui traite à la fois de la paternité et des dérives qui guettent les jeunes dans un monde guidé par la haine et l’intolérance. A voir absolument.
Déjà en 2020, le film politique La Cravate démontait les mécanismes de la dérive vers l’extrême droite. La mise en scène – et en particulier le choix des éclairages – joue admirablement sur le contraste entre l’intérieur de la maison, avec ses points de lumière qui suggèrent des zones d’ombre, beaucoup de contrejours et la lumière extérieure très crue, car pour les fils, le seul avenir possible est de quitter la maison. L’un part à Paris, à l’université. L’autre aussi rêve d’un ailleurs, mais il doit se contenter de regarder les avions. Mais la part belle – si je puis dire – est laissée au père, démuni, dépassé par ce fils à la dérive, si loin de ses convictions et de l’éducation qu’il a voulu lui donner. Hélas, dès que le mécanisme est enclenché, même avec toute la volonté et l’amour du monde, il est bien difficile de d’enrayer l’engrenage de la violence. Un grand drame social qui fait peur. Les sœurs Coulin m’avait beaucoup intrigué avec 17 filles, en 2011. Cette fois, elle touche les sommets avec un scénario troublant et grâce à un acteur +++
Evidemment, l’immense Vincent Lindon, Prix d’interprétation à Venise, se taille la part du lion, mais, réussit pourtant, à la laisser la place aux excellents Benjamin Voisin, qui à nouveau crève l’écran et Stefan Crepon, d’une rare subtilité. Ce film est un constat sans appel de la montée des groupuscules violents ultranationalistes. Lindon est au firmament et réussit à nous bouleverser dans chacun des plans, en particulier dans sa déposition au tribunal… Un must. On vacille sans cesse avec lui de l’amour à la haine, de l’empathie à la détestation. Du grand cinéma qu’il faut aller voir.