"T'as aimé ?" La question récurrente que l'on se pose entre nous, ou à soi-même, après un film. Question parfois tranchée, parfois vaine... pas de quoi s'en trancher les veines, (voilà celle-ci est faite), ni jouer avec le feu (celle-là aussi, c'est nul je sais).
Ce film n'est pas "resté" en moi après sa vision, alors qu'il aurait pu, au vu de son propos.
Comme de coutume, je n'avais presque rien lu avant de le voir.
L'ensemble est latent, tangent, délibérément hésitant, entre drame familial et dissection psycho-politique.
Une histoire d'abandon involontaire, générationnel (la mère décédée, capitulation politique) et de récupération (par l'extrémisme et la violence).
Ce parti-pris de latence a les défauts de ses qualités : une cohérence formelle, de multiples cadres dans le cadre qui divisent un foyer déjà trop petit pour contenir tout ce qui n'y est pas ou plus dit, ou ce qu'on ne peut plus y dire.
L'amour d'un père, ouvrier SNCF engagé désabusé, le clivage et la "trahison" de classe entre les deux frères : l'intello de gauche (quoique) reçu à la Sorbonne, le prolo facho chaudronnier... la limite un peu forcée d'un scénario par trop écrit derrière son réalisme.
Je précise n'avoir pas lu le roman dont il est tiré.
Pas plus qu'il ne m'a semblé mauvais, le film ne m'a pris.
L'interprétation, certes... Stefan Crepon, Benjamin Voisin, rien à dire. Vincent Lindon, primé à Venise, est comme toujours excellent, dense, poignant, notamment dans son jeu sans paroles.
Il n'en fait jamais trop ni trop peu, au point que la finale scène du procès nous met presque mal à l'aise pour lui.
On croirait entendre "allez Vincent, à toi de jouer, gros plan et monologue, pour ton futur César".
Je mettrais ma main à couper que lui-même n'est pas fan de ce choix, même si le resserrement sur son personnage n'a dramatiquement rien d'aberrant.
Après "The Wolf Man", je viens donc de voir en salles deux films qui ne se veulent pas "agréables", même s'ils n'ont rien en commun... à moins que... à bien y penser... la figure du monstre naissant, de la transformation, le virus de la sauvagerie...
Voilà j'ai tout dit et rien dit.
Ai-je aimé ?
Oui. Et non. C'est ainsi.