C’est un film réellement attachant que cet « Attachement » de Carine Tardieu, adaptation libre d’un roman d’Alice Verney « Intimité » qui parle d’une famille recomposée et des liens d’attachement entre un enfant et un adulte qui peuvent s’établir très vite, ou petit à petit, ou … jamais... « L’attachement » commence par un drame, une jeune femme meurt en couches en donnant la vie... et laisse désemparé, Alex, un père qui se retrouve avec une petite Lucille, et un garçon Elliot âgé de cinq ans... Comment se reconstruire après le deuil, comment aider Elliot, qui n'est pas son fils biologique, à affronter la situation, comment faire grandir un bébé né sans mère ? Le jeune père finira par s’appuyer sur Sandra, sa voisine de pallier, une quinquagénaire célibataire, très indépendante, très féministe et qui n’a guère d’atomes crochus avec les enfants... L'attachement est bien le sujet du film, qui explore ce sentiment sous toutes ses formes, l’attachement d’un homme pour sa femme, d'un père pour ses enfants, d'un beau-père pour son beau-fils, et inversement, d'une femme pour des enfants qui ne sont pas les siens, avec qui elle n'a aucun lien de sang ni aucune attache officielle.
Elliott, c’est celui autour duquel tourne le film : un garçon de 5 ans dont la maman a divorcé de son père et qui semble bien s’être fabriqué un nouveau père avec Alex, un garçon formidablement incarné par le jeune César Botti, à la fois intelligent, ayant de la répartie ou des avis tranchés (en voyant sa sœur il affirme avec aplomb : « elle est moche ») et capable de poser aux adultes des questions dérangeantes. C’est ainsi par lui que l’on apprend qu'Alex n’est pas son père (« sauf que je ne suis pas son enfant »). Un petit garçon qui perd sa maman et qui va nouer des liens très forts et réciproques avec une femme pour qui il n’est que le fils du voisin et qui, au départ, considérait que les enfants représentaient une contrainte difficile à supporter. Un petit garçon qui va voir arriver une nouvelle femme dans la vie de son beau-père et qui n’arrivera jamais à s’attacher autant à elle qu’à Sandra... Valeria Bruni Tedeschi, à la fois réservée et tranchante dans ce personnage de Sandra dont l’épaisse carapace aura bien du mal à résister à l’enchaînement des événements.
Ce film lumineux, au féminisme doux, montre à quel point ce lien d'attachement, et ce qui "fait famille" n'a finalement rien à voir avec les cadres imposés par la société, il montre comment une famille amputée, se recompose spontanément tel un organisme vivant.
On en ressort tout juste ébranlés, avec la certitude que c'est le lien avec les autres qui fait sens, quelles que soient les plumes qu’on doit parfois y laisser.
Carine Tardieu signe un film limpide qui restitue avec justesse la singularité des êtres et la complexité des relations humaines...Si vous ne l’avez pas encore vu, allez le voir !!