La première chose qui m’a frappée dans L’Attachement, c’est un déséquilibre flagrant dans la distribution des rôles.
Les deux interprètes les plus puissants du film sont, à mes yeux, Raphaël Quenard et Catherine Mouchet, qui incarne la mère de la jeune femme décédée - actrice dont on se souvient notamment pour son rôle principal dans Thérèse d’Alain Cavalier.
Ils sont relégués à des rôles secondaires, périphériques, limités à quelques répliques.
À l’inverse, Valeria Bruni Tedeschi occupe le centre du film.
Ce qui est frappant dans son personnage, c’est la volonté manifeste de la faire apparaître comme une femme ordinaire, quinquagénaire presbyte clope au bec, effacée, archétype de la femme cultivée, raisonnable, mais quand même un peu hors normes parce qu'elle n'a pas d'enfant et vit seule.
Elle parle bien, agit bien, ressent bien. Elle est la mesure du « juste » attachement.
Décors modestes, dialogues centrés sur l’intime, titre abstrait évoquant une notion universelle: tout est réuni pour donner l’apparence d’un film profond, humble, centré sur « l’humain ».: le film adopte les signes extérieurs du cinéma d’auteur.
Sont convoqués les grands thèmes du deuil, de la reconstruction, de la maternité, de l' amour, etc..mais il ne s'agit que de mimer le risque, l’ambiguïté, l'originalité dans le traitement du sujet.
Tout nous ramène à une normalité rassurante.
Un film qui, sous couvert d' authenticité, délivre une vision normée et conservatrice du lien humain.
Et relègue deux grands acteurs au rang de figurants.