Arnaud et Jean-Marie Larrieu poursuivent leur exploration des trajectoires humaines avec Le Roman de Jim, une adaptation du roman de Pierric Bailly qui s’inscrit dans la lignée de leur cinéma délicat et intimiste. L’histoire, centrée sur Aymeric, un homme qui devient une figure paternelle pour un enfant qui n’est pas le sien, déploie une belle réflexion sur la filiation et l’attachement. Le film ne manque pas de qualités, mais il peine à totalement captiver, restant parfois sur une ligne trop sage.
Le scénario repose sur un postulat intéressant : peut-on devenir père sans l’être biologiquement ? La relation entre Aymeric et Jim est construite avec justesse, sans excès de sentimentalisme. On apprécie la pudeur avec laquelle les réalisateurs abordent le sujet, évitant les clichés et le pathos facile. Toutefois, cette retenue joue parfois contre le film. Certaines scènes manquent d’intensité, et l’ensemble souffre d’un rythme fluctuant.
Le principal défaut du récit est qu’il manque d’un véritable conflit structurant. Le retour du père biologique, par exemple, aurait pu être un moteur dramatique puissant, mais il est traité avec une distance qui le rend presque anecdotique. Cela crée un déséquilibre : si le film brille par sa sincérité, il manque d’une tension narrative qui le rendrait plus immersif.
Visuellement, Le Roman de Jim est indéniablement beau. La photographie d’Irina Lubtchansky capture les paysages du Jura avec élégance, et la lumière naturelle sublime l’atmosphère douce-amère du récit. Toutefois, si le film est esthétiquement maîtrisé, il reste dans un cadre formel assez conventionnel. Les Larrieu, capables par le passé d’audaces plus marquées, livrent ici une réalisation propre, mais sans véritable signature.
En revanche, la bande originale composée par Bertrand Belin et Shane Copin apporte une réelle identité au film. Mélange subtil de mélancolie et d’électronique discrète, elle accompagne les émotions des personnages avec justesse, sans jamais en faire trop.
Karim Leklou porte le film sur ses épaules avec une interprétation tout en nuances. Il réussit à incarner un Aymeric crédible, à la fois maladroit et profondément attachant. Lætitia Dosch est également convaincante dans le rôle de Florence, mais son personnage aurait mérité un développement plus approfondi. Certaines de ses décisions restent en suspens, comme si le film refusait de creuser certaines zones d’ombre.
Les seconds rôles, quant à eux, oscillent entre pertinence et effacement. Sara Giraudeau et Noée Abita livrent des performances solides, mais restent en retrait. Le plus gros point faible du casting réside dans l’interprétation d’Andranic Manet, qui joue Jim adulte. Son jeu manque de relief, ce qui affaiblit la portée émotionnelle du dernier acte du film.
Le Roman de Jim est une œuvre honnête, portée par une belle performance de Karim Leklou et une histoire qui touche à des thématiques universelles. Cependant, son manque de tension dramatique et son approche trop sage l’empêchent d’être réellement marquant.
On ressort avec un sentiment partagé : d’un côté, l’émotion fonctionne par instants, et de l’autre, le film peine à maintenir un engagement constant. Il ne déçoit pas totalement, mais il ne laisse pas non plus une empreinte durable.
Une belle proposition, mais qui aurait gagné à être plus audacieuse pour véritablement captiver.