Dans ce monde, dans cette époque où les prétendues vertus de l'individualisme sont trop souvent mises en avant, un film sur un orchestre symphonique, c'est bon à prendre. En effet, qu'y a-t-il de plus collectif qu'un orchestre symphonique : 120 femmes et hommes qui font œuvre commune ! Comme il est dit dans le film, un orchestre symphonique est une société dans laquelle règnent l'autorité et le collectif. L'autorité de qui ? Celle du chef d'orchestre. A propos de Pierre Boulez, et d'une répétition et d'une représentation de la 5ème symphonie de Gustav Mahler, le film parle d'un cadre mis en place par le chef lors des réputations et de la liberté qui est ensuite donnée aux musiciens à condition qu'ils restent à l'intérieur de ce cadre, car, sinon, c'est l'anarchie et ça ne fonctionne pas ! Vous l'aurez compris : "Nous l'orchestre" est certes un film sur la musique mais c'est aussi un film philosophique et politique. L'orchestre choisi par Philippe Béziat est l'Orchestre de Paris, orchestre résident de la Philharmonie de Paris et dont le chef est actuellement le jeune et dynamique finlandais Klaus Mäkelä. Le film nous introduit auprès d'un certain nombre de musiciens de cet orchestre qui nous font part de leur vécu professionnel. Est-il indispensable que tous les musiciens soient des amis dans la vie ? Non. Par contre, quand il y a des problèmes, il faut que les abcès soient crevés. Des paroles qui donnent à réfléchir, comme : untel est un con, mais il est bourré de talent. Pourquoi Dieu a-t-il donné tant de talent à un con ? Ou qui font sourire : Moi, je joue du cor anglais, l'instrument le plus mélancolique de l'orchestre (il est vrai qu'il n'y a pas de duduk dans un orchestre symphonique. Sinon, le cor anglais serait battu à plate couture !) et je ne suis pas mélancolique. Le film nous informe de comment fonctionne le recrutement d'un ou d'une second violon et présente la question : est-il préférable de choisir un ou une musicien(n)e de très grand talent mais dont on peut être certain qu'il ou elle cherchera très vite à trouver ailleurs un poste plus prestigieux ailleurs ou un ou une musicien(n)e peut-être un peu moins talentueux mais dont peut pense qu'il ou elle sera dans l'orchestre de façon pérenne ? Autre sujet brièvement abordé : le chef invité. Comme le dit un musicien : c'est comme rencontrer une nouvelle personne, cela peut "prendre" très rapidement comme, au contraire, ne jamais prendre. Encore plus brièvement abordé : le fait qu'il y ait si peu de femme cheffe d'orchestre. En fait, on peut reprocher au film de ne pas suffisamment parler de l'historique de la fonction de chef d'orchestre. Pendant très longtemps, il n'y avait qu'un nombre limité de musiciens dans les orchestres et, le plus souvent, c'était le claveciniste ou le premier violon qui dirigeait l'orchestre. Ce n'est qu'au 19ème siècle que la fonction de chef d'orchestre s'est généralisée, lorsque les effectifs des orchestres se sont mis à gonfler. Autre problème qui m'est personnel : le choix des musiques qu'on entend, lié au chef Klaus Mäkelä qui semble les préférer à celles plus anciennes telles celles de Beethoven. Personnellement, j'apprécie beaucoup Mahler, Bruckner et Chostakovitch mais beaucoup moins Bartok, Stravinsky et, plus encore, Debussy. En tout cas, ces choix musicaux nous conduisent beaucoup plus vers les cuivres que vers les cordes.