Nous l’orchestre a notamment été présenté lors de l’édition 2026 du FIPADOC (Festival International de Programmes Audiovisuel de Biarritz), qui se tient chaque année à Biarritz. Il y a remporté le Grand Prix Documentaire Musical.
Nous l’orchestre marque un tournant dans la filmographie de Philippe Béziat. En effet, jusqu’à présent, la plupart de ses films étaient construits autour d’opéras, à l’image de Pelleas et Melisande, Le Chant des Aveugles (2009), Traviata et nous (2012) ou encore Indes Galantes (2020). Dans ces longs-métrages, le réalisateur avait deux histoires à raconter. D’une part, celle du livret avec la progression de l’intrigue, les dialogues entre les personnages et les situations dramatiques qui faisaient avancer l’action.
D’autre part, il était également question de la production du spectacle en lui-même que le cinéaste suivait du début des répétitions jusqu’au premières représentations. Avec Nous l’orchestre, les choses étaient différentes puisqu’il a fallu que Philippe Béziat s’aventure ailleurs, avec le matériau davantage abstrait de la symphonie et de la polyphonie orchestrale, qui ne raconte pas de livret, ni d’histoire. Il fallait essayer, d’après les mots du réalisateur, de faire une sorte de "documentaire-symphonie".
Le film s’intéresse à la figure du jeune chef d’orchestre de l’Orchestre de Paris, Klaus Mäkëla. Âgé de trente ans, ce prodige finlandais vient de réaliser un exploit. En effet, le Chicago Symphony Orchestra a récemment annoncé qu’il allait devenir son prochain directeur musical, à partir de 2027. Ce qui fera de lui le plus jeune directeur musical de l’histoire de cette institution, fondée en 1891.
Avec Nous l’orchestre, Philippe Béziat a totalement repensé la notion de "musique de film", qui est généralement fabriqué après le film, de manière à soutenir un discours, un scénario, une dramaturgie, pour l’accompagner et l’illustrer. Le réalisateur, lui, fait totalement autrement puisque c’est la musique qui intervient en premier. En effet, dans son travail, la dramaturgie de base est celle du discours musical. À la place d’une musique de film, le cinéaste parle d’un "film de musique". Dans Nous l’orchestre, comme dans ses autres projets, il adapte surtout des musiques pour le cinéma.
Nous l’orchestre offre une véritable expérience sensorielle au spectateur qui a l’impression de ressentir la musique d’une manière particulière. Philippe Béziat et son équipe ont bénéficié de soutiens de prestige pour ce film, à commencer par la Philharmonie de Paris, qui coproduit le film, et qui a mis des moyens considérables à leur disposition. À chaque prise du tournage, 90 micros étaient ouverts. Cela signifie qu’entre chaque prise, le son était pris comme pour l’enregistrement d’un disque. Par la suite, au montage et au mixage, tous les sons ont été récupérés et le réalisateur a refabriqué un mixage en fonction de l’image mais aussi des plans et de l’endroit où il se trouvait dans l’orchestre. En outre, le cinéaste a "réorchestré" des compositeurs comme Ravel ou Bartok en fonction des voix qu’il voulait faire entendre, que ce soit par rapport à l’endroit où se trouvait la caméra mais aussi par rapport à l’émotion qu’il voulait souligner.
Avec Nous l’orchestre, Philippe Béziat a mis en place un dispositif de réécoute avec chacun des personnages de son film. Il y avait en général deux jours de répétition pendant lesquels se faisaient les enregistrements des musiques puis deux jours de concert. Le réalisateur faisait un prémontage de ce qu’il avait enregistré pendant les répétitions puis l’interview avec les protagonistes se faisait entre les deux concerts. Tout se faisait à chaud. Les personnes interviewées pouvaient écouter et donc se transformer ce qui n’est pas forcément le cas lorsqu’ils sont en concert où ils sont accaparés par les partitions qu’ils doivent jouer.