Difficile de dire du mal de ce film, tant il semble déborder de bons sentiments. Et pourtant.
L'un est issu de la haute, l'autre est un bouseux. L'un est un grand chef d'orchestre, l'autre est tromboniste dans la fanfare municipale. Le réalisateur a voulu faire un film de la rencontre improbable de ces deux-là. Pourquoi pas. Encore faudrait-il que les personnages suscitent de l'empathie, que le film soit un minimum crédible, ait un sens, et se tienne. Or tout ça manque.
L'apparente bienveillance du premier de classe à l'égard de son frère ne masque ni son égoïsme foncier ni sa profonde condescendance pour ce dernier et pour son milieu, et relève plus du sentiment d'une dette à payer que de la grandeur d'âme. Le personnage de l'ouvrier tromboniste de village pourrait être plus intéressant, tiraillé entre le désir de s'élever et celui de ne pas trahir ses proches. Mais le personnage n'est guère crédible, et il est difficile pour le spectateur de s'identifier à lui. Quant aux personnages secondaires, ce sont des silhouettes ou des caricatures sans profondeur (à part l'amie du tromboniste, seul personnage auquel on peut croire).
Le film passe à travers tout ça sans accrocher à rien. Il juxtapose des scènes qui ne servent ni à la narration ni à la compréhension des personnages, souvent inutiles (comme celles où le chef d'orchestre donne des cours de direction d'orchestre à des apprentis chefs d'orchestre), parfois pénibles (comme celle où le chef d'orchestre reproche sa mère d'avoir refusé d'adopter son frère - à moins qu'il ne s'agisse d'illustrer son profond et incurable égoïsme). On a droit aussi à un petit résumé pédantesque à souhait de l'histoire de la musique de Bach à Erroll Garner en passant par Ravel (pour ma part, s'agissant d'histoire de la musique, je préfère Alexandre Astier).
Pour montrer sans doute sa bonne conscience sociale, le réalisateur a cru bon d'ajouter au décor une belle et bonne fermeture d'usine, avec la manif qui va avec, les fumigènes et les CRS en prime. On ne voit pas en quoi ça enrichit le film, mais tant pis, ça fait passer le temps.
Et quand c'est enfin terminé on cherche, en vain, le sens de cette histoire. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les deux personnages n'ont rien de commun, et leur brève rencontre n'aura eu évidemment aucune conséquence durable. Alors quoi ? Est-ce à l'illusion de la possibilité d'une rencontre réelle entre ces deux personnages que le film a voulu faire un sort ? En montrant un personnage qui échoue à sortir de sa condition de prolétaire, se ridiculisant à l'occasion, l'auteur a-t-il voulu illustrer la vanité du désir de s'élever au-dessus de sa classe sociale ? On reste perplexe.
Restent, pour justifier qu'on puisse passer un moment pas désagréable devant le film en oubliant tout ce qui précède, quelques scènes assez drôles, quelques moments d'émotion, et un peu de musique.