Sous Hypnose
Un uppercut scandinave sous tranquillisants sociaux
Et si une simple séance d’hypnose suffisait à dérégler toute la mécanique sociale qui structure un couple ? Voilà le point de départ de Sous Hypnose, comédie dramatique aussi drôle que malaisante, signée Ernst De Geer. Présenté comme un huis clos conjugal dans un hôtel de conférences, ce premier long métrage déjoue les attentes et frappe là où ça fait mal : nos faux-semblants, nos compromis, nos petites lâchetés quotidiennes.
Le pitch est simple : Vera et André doivent présenter leur appli santé devant un jury d’investisseurs. Mais avant cela, Vera tente d’arrêter de fumer grâce à l’hypnose. Ce qui devait n’être qu’un détail va faire sauter tous les verrous. En cessant de jouer un rôle, Vera provoque un lent tremblement de terre. Ce n’est pas un thriller, mais une lente mise à nu psychologique.
Le génie du film réside dans sa capacité à traiter un sujet intime – le couple – tout en déroulant une satire sociale grinçante. Le monde des conférences start-up, la bienveillance forcée, la performance de soi… tout y passe, sans lourdeur, avec un humour froid typiquement scandinave. Ernst De Geer et son co-scénariste Mads Stegger ne caricaturent jamais : ils observent, dissèquent, laissent le spectateur se débattre dans son propre malaise.
Le duo d’acteurs est une claque. Herbert Nordrum incarne à merveille ce compagnon trop lisse, en perte de contrôle. Face à lui, Asta Kamma August électrise l’écran dans une partition progressive et bouleversante. Elle devient peu à peu elle-même… et c’est terriblement déstabilisant.
Sans en avoir l’air, Sous Hypnose interroge la notion d’identité, la peur de ne plus correspondre aux attentes de l’autre, et cette vérité brutale : parfois, aimer c’est vouloir que l’autre reste tel qu’on l’a figé. Subtil, cruel, drôle et profondément humain, ce film est une pépite inattendue. Et si, en arrêtant de mentir pour faire plaisir, on devenait enfin libre… mais seul ?
À ne pas manquer si vous aimez les comédies à froid, les personnages qui dérangent, et les films qui grattent longtemps après la séance.