Pour son premier film, Alexandre Arcady a décidé de nous raconter son enfance en Algérie et le départ forcé de sa famille en France lors des événements de 54. Même si le réalisateur a eu depuis l’occasion de revenir, plus ou moins directement, sur cette période et sur ses conséquences (du "Grand Pardon" à "Là-bas mon pays" en passant par "Le Grand Carnaval"), "Le coup de sirocco" reste le film qui traite du sujet de la façon la plus frontale en insistant sur le choc culturel subi par ses Pieds Noirs, chassés de leur terre pour se réfugier dans un pays dont il ignore tous et qui les méprise. Le déracinement, les problèmes de logement et d’emploi ainsi que l’attitude des Français sont au centre de l’intrigue sans pour autant être traité avec manichéisme, la famille Narboni n’étant pas à l’abri de quelques remarques désobligeantes envers leur terre d’accueil. Certes, l’intrigue et l’interprétation ne sont pas forcément des modèles de subtilité (à l’instar de l’ensemble de la filmographie du réalisateur) mais on retrouve dans ce premier film tout le charme du cinéma d’Arcady, avec ses personnages chaleureux et braillards, ses dialogues hauts en couleur, ses scènes de famille touchantes, l’importance de la communauté toujours plus forte que l’individu, sa nostalgie et sa BO magnifique signée Serge Franklin. Arcady prouve également, dès son premier film, son amour pour les acteurs qu’il dirige avec un talent certain. On retrouve ainsi l’affable Roger Hanin qui n’a jamais été meilleur que devant la caméra du réalisateur et qui campe ici un chef de famille déboussolé. A ses côtés on retrouve l’inévitable Marthe Villalonga dans son rôle de prédilection de mère juive caractérielle et possessive, le tout jeune Patrick Bruel dans son premier rôle au cinéma, Michel Auclair en escroc, Marie-Anne Chazel et Gérard Jugnot dans de petits rôles sans oublier les futurs fidèles du réalisateur (Philippe Sfez, Lucien Layani, Jean-Claude de Goros…). "Le coup de sirocco" souffre malheureusement d’un rythme inégal et surtout d’une voix off, assurée par Arcady lui-même, maladroitement utilisée (diction inappropriée, dialogues frisant parfois le ridicule…). Reste que, malgré ses défauts, on se laisse porté par le charme de ce premier film qui sera suivi par le chef d’œuvre du réalisateur "Le Grand Pardon".