BAZAR est un excellent roman de Stephen King, paru en 1990. Au meilleur de sa forme, il s'adonne, avec une ironie féroce, à une satire sociale décapante sur les moeurs des gens. La mesquinerie, la jalousie, l'avarice, la vanité, la méchanceté gratuite... tout y passe. Et le fond de l'ouvrage apparait sous une forme originale. C'est l' histoire d'un commerçant, apparemment simple et sympathique, qui ouvre dans la petite ville Castle rock une boutique de divers objets utilitaires. Il vend à ses clients...l'objet de leurs rêves. Mais en douce, Leland Gaunt est attentif aux problèmes et aux petites haines des gens. Il va attiser et renforcer leurs rancoeurs et ressentis, les monter les uns contre les autres... jusqu'à la destruction finale de la ville!
BAZAR est un gros pavé, dense et bourré de détails croustillants. Sa longueur était un obstacle à la réussite d'une bonne adaptation cinématographique. Mais le fils Heston s'en est malgré tout sorti assez bien, même si l'on peut regretter de ne pas retrouver toute la saveur du livre.
Max Von Sydow est magistral en démon caché sous le masque d'un simple vendeur d'une petite ville de province. Ed Harris est convaincaint en shériff. Le réalisateur, admirateur de SHINING de Kubrick, a cherché à construire un suspens de la même manière. C'est à dire en mettant d'abord en place les divers éléments du puzzle durant les deux tiers du film, en faisant monter la tension, puis en libérant l'action à l'approche de la fin. Bien que plus modeste, LE BAZAAR DE L'EPOUVANTE, comme SHINING (adapté également de King), montre que l'horreur est une conséquence directe du mal inhérent à l'homme. 'L'enfer c'est les autres' disait Sartre, c'est bien l'un des thèmes majeurs du livre, et de son adaptation par Frazer Heston.
King a apprécié le film parait-il. Mais bon nombres de personnages et péripéties savoureuses ont dû disparaître dans le scénario. Un film plus long, ou adapter le roman en deux films d'une heure trente, cela permettrait d'être plus proche du livre. Mieux vaut éviter le téléfilm, qui édulcolorerait un roman délicieusement corrosif.