1. Le projet intellectuel et politique
Raoul Peck poursuit ici l’ambition engagée qui traverse toute son œuvre. Avec Orwell : 2+2=5, il s’attaque frontalement à la dégradation mondiale des systèmes démocratiques, en utilisant l’œuvre de George Orwell comme fil rouge, à travers 1984, La Ferme des animaux et leurs adaptations audiovisuelles.
Mais il ne se contente pas d’une relecture littéraire : Peck actualise Orwell, non pas comme un prophète isolé, mais comme un penseur toujours pertinent de la manipulation, du totalitarisme et de l'effacement des libertés individuelles.
2. Une approche documentaire ample et puissante
Le film articule plusieurs niveaux :
Une voix off érudite (probablement écrite par Peck lui-même) qui cite Orwell tout en lui faisant dialoguer avec notre monde contemporain. Un collage d’archives visuelles et sonores extrêmement soigné, mêlant extraits de films, images de conflits, manifestations, discours populistes, vidéos virales.
Une musique d’époque réorchestrée, qui donne au film une tension dramatique maîtrisée.
Cette forme essayiste à la fois rigoureuse et émotionnelle inscrit le film dans la lignée du cinéma politique, qui instruit, alerte et bouleverse.
3. Les axes de réflexion du film
Le film développe une pensée systémique de la crise démocratique actuelle : Les attaques contre les artistes : premiers cibles des régimes autoritaires, car porteurs de contre-discours. Ce point est capital pour un festival de cinéma. Les fake news et la post-vérité : Peck montre comment des récits construits de toutes pièces s'imposent comme "vérités" par la force de la répétition (2+2 = 5). Les réseaux sociaux comme machines à manipulation : leur logique algorithmique démultiplie les discours extrémistes, tout en les rendant rentables.
Des exemples précis : Russie, pays africains sous dictature, France avec des images fortes des Gilets Jaunes ou des violences de 1969.
4. Un film-coup de poing
Ce qui rend ce film remarquable, c’est sa capacité à fédérer la pensée et l’émotion. Le public à Cannes, visiblement ému et conquis, a salué un grand film de combat, qui nous invite à reprendre possession de notre esprit critique.
Conclusion
ORWELL : 2+2=5 est bien plus qu’un documentaire : c’est un manifeste cinématographique contre l’oubli, la manipulation et l’abdication démocratique. À la croisée de la pensée critique, de l’analyse médiatique et de la mémoire politique, Raoul Peck signe un film à la fois urgent et universel, qui a trouvé son sens au Festival de Muret en novembre 2025