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Martial Bonkoungou
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4,0
Publiée le 8 avril 2026
Un film politique! Quand la culture et le savoir sont attaqués de façon insidieuse par le pouvoir en place. Résister, contester? Pas le même degré de nuisance; les conséquences personnelles et pratiques. C'est simple, limpide et d'une grande puissance sans être dans un manichéisme béat ou une naïveté confondante
Après La Salle des Profs, Ilker Çatak revient avec Yellow Letters, Ours d’Or à la Berlinale. À travers l’histoire d’une comédienne de renom et de son mari, universitaire et metteur en scène, soudainement censurés et mis au ban pour leurs positions politiques, le film évoque les purges menées en Turquie sous le régime d’Erdogan et dépeint la lente évolution d’une démocratie qui vire à l’autoritarisme.
L’un des intérêts du film est de prendre le point de vue de personnages privilégiés, installés, des artistes engagés mais pas militants, qui pensaient pouvoir continuer à vivre confortablement jusqu’au jour où le régime leur retire tout. Le moteur du récit est ce basculement dans la précarité et leurs réactions divergentes face à cette situation. Le couple se fissure, tiraillé entre engagement, peur, renoncements et compromissions. Leurs positions évoluent, se contredisent, révélant comment la précarité peut fragiliser l’engagement politique. Le propos est d’une densité remarquable et sublimé par les performances brillantes d’Özgü Namal et Tansu Biçer.
Enfin, le choix affiché de faire de l’Allemagne le décor de cette Turquie autoritaire est très malin. Permettant subtilement de souligner l’impossibilité de tourner un tel film dans la Turquie actuelle mais aussi d’universaliser le propos et d’établir un parallèle avec nos démocraties occidentales qui voient ces mêmes mécaniques se mettre en place. C’est donc aussi un avertissement pour un Occident confronté à la montée de l’extrême-droite qui charrie cette inversion des valeurs et des accusations, mais aussi de la guerre permanente qu’elle mène contre l’art et la culture, ennemis universels des dictatures, et plus largement de la menace qu’elle fait peser sur la liberté d’expression. Un film désespérément juste et flippant.
Sublime et saisissant d’emotions. Jeux des acteurs fabuleux. Tellement d'actualité ! Ûn sujet politique qui traverse la sphère conjugale, familiale, parentale et professionnelle.
J’ai découvert Ilker Çatak en 2024 avec « La salle des Profs » qui relevait aussi d’un cinéma efficace, nerveux et haletant…mais qui à vouloir embrasser trop de sujets, harcèlement, culture de l’effacement, fake news, préjugés sociaux, discrimination…en devenait agaçant…. L’idée de tourner « Yellow Letters » lui était venue en Turquie, en 2019, lorsqu’il a entendu parler des 2000 artistes qui, dans ce pays, avaient été suspendus et traduits en justice pour diverses raisons, la principale ayant été d’avoir signé une pétition pour la paix…A Ankara, la comédienne Derya ( Ôzgû Namal) et son mari universitaire et dramaturge, Aziz ( Tansu Biçer) reçoivent leur lettre de révocation, ces fameuses « lettres jaunes » , lui pour avoir encouragé ses étudiants à manifester, elle pour avoir refusé de se faire photographier avec le gouverneur lors de la première d’une pièce dont elle est la vedette… lettres de révocation reçue, en Turquie, par des milliers de fonctionnaires qui avaient osé critiquer l’autoritaire président Recep Tayyip Erdogan. Le couple, privé de revenus du jour au lendemain, est contraint de partir à Istanbul avec sa fille adolescente pour trouver refuge chez la mère d’Aziz. Alors que leur précarité s’accroît, Aziz et Derya se retrouvent face à un dilemme : rester fidèles à leurs idées ou rentrer dans le rang pour retrouver une vie normale ? Aziz trouve un emploi de chauffeur de taxi, tout en reprenant contact avec le théâtre engagé et d’avant-garde, Derya finira par trouver un rôle dans une série télé plutôt people … Au cœur d’une mise en scène qui, habilement, fait monter la sensation d’enfermement, sont décryptés les doutes et la lente dégradation d’un couple actif et complice, désormais condamné à l’immobilisme et à la précarité. Des conditions soudainement favorables à la révélation de malentendus latents, de pensées jusque-là refoulées, de tensions engendrées par ces difficultés, ainsi que les compromissions plus ou moins importantes qu’il faut accepter pour rebondir. Toutes ces incertitudes sont adroitement transmises par l’impeccable duo d’acteurs composé de Özgü Namal et Tansu Biçer auquel il convient d’adjoindre la jeune Leyla Cabas , adolescente perdue, témoin du désarroi de ses parents… Conscient que la présence d’un autocrate comme Erdogan à la tête de la Turquie ne manquerait pas de poser des problèmes si le tournage se déroulait dans ce pays, il a finalement coupé la poire en deux, le tournant en Allemagne, en langue turque, avec des comédiens et des comédiennes venant d’un peu partout en Europe, y compris de la Turquie, un film dont l’action est censée se dérouler en Turquie. Il s’est même payé le luxe d’annoncer dans le générique d’ouverture que Berlin y jouait le rôle d’Ankara, la capitale de la Turquie et Hambourg le rôle d’Istamboul…drame politique inégal et intense, le film a reçu l’Ours d’Or à la dernière Berlinale…
Certainement un instantané de la société turque avec toutes ses espérances de liberté d'expression et a contrario tous ses codes moraux ou religieux. Le film lui est bien réalisé et les acteurs pas mal.
Film très intéressant sur les répercussions de l'autoritarisme arbitraire d’État sur la vie d'une famille artiste et "bobo" Des qualités fortes : l'imbrication du politique, du social et de l'intime / du théâtre et de la "vraie" vie ; le contexte turc et la dimension malheureusement de plus en plus universelle du propos - et quelle excellente idée d'indiquer que Berlin incarne Ankara et Hambourg Istanbul - ; l'excellence de l'interprétation ; une pointe d'humour Cependant le film étant très dialogué et comme je ne parle pas turc, la lecture constante des sous-titres finit par être un peu fatigante, d'autant plus que le film aurait gagné à être quelque peu resserré
je n'ai pas été convaincu par ce couple de bobos : scénariste, actrice, intellectuels engagés qui sont un jour éjectés de leur travail et doivent repartir à zéro en se faisant heberger par la mère. crise conjugales, familiales, avec les tourments de leur fille adolescente, tout ceci est extrêmement bavard. rien n'avance dans ce film et à l'issue des deux heures de projection on cherche encore l intérêt de ce scénario.
Nous suivons les traces d'un couple d'artistes et leur fille qui passent de l'épanouissement a une situation de crise liée a la situation politique d'un pays qui musele fermement tout un peuple qui veut juste dire,penser,aimer,vivre quoi.... nous sommes fort heureusement loin de tout cela ,délectons nous!! et allons au cinéma lire la vie d'autui, nous nous enrichirons forcément de part nos différences....a bas les lissages de pensées uniques et vive le cinéma....
Je viens d'apprendre, en lisant les critiques laissées par les personnes que je suis sur allociné, que le réalisateur de yellow letters est aussi celui qui avait fait la salle des profs. On retrouve bien la problématique d'un dilemme éthique de choix entre ses convictions et la réalité de devoir vivre, survivre. Extrêmement bien traité par deux acteurs formidables. Quelques longueurs, il faut bien planter le décor, mais l'intrigue est très bien menée et le jeu des acteurs impressionnant.
Aziz est professeur à l'université d'Ankara. Il est aussi dramaturge. Sa femme, Darya, est l'actrice principale de ses pièces. L'un et l'autre sont hostiles au gouvernement d'Erdogan et à sa politique autoritaire. L'un et l'autre sont brutalement mis à pied : Aziz reçoit une lettre "jaune" de licenciement, la pièce que jouait Darya est retirée de l'affiche et Darya est écartée de la distribution de celle qui est programmée pour la remplacer. Le couple et Ezgi, leur fille adolescente, quittent Ankara pour Istanbul et s'installent temporairement dans l'appartement de la mère d'Aziz.
İlker Çatak est un réalisateur allemand d'origine turque né en 1984. Il a réalisé l'excellent "La Salle des profs" sorti il y a deux ans sur les dilemmes d'une professeure de lycée. "Yellow Letters" creuse la même veine éthique. Il pose une question universelle : jusqu'à quel point sommes nous prêts à sacrifier notre confort personnel pour défendre les valeurs auxquelles nous sommes attachés ? La question n'est pas binaire. Ceux qui vertueusement répondent qu'aucune concession n'est admissible n'ont pas de tête ; ceux qui pragmatiquement répondent qu'il faut savoir s'adapter n'ont pas de cœur.
La question posée par "Yellow Letters" est passionnante. Elle est de celle sur laquelle on peut construire un grand film. Mais, hélas, celui-ci souffre de deux défauts. Le premier est qu'en mettant deux personnes face à cette situation, on sait, depuis le départ, que chacun y apportera une réponse différente, l'une plus intransigeante, l'autre plus accommodante. Ce reproche est en partie bien sévère ; car le scénario est suffisamment riche et inventif pour nous réserver plusieurs surprises. Le second est d'avoir lesté l'intrigue principale d'une intrigue secondaire avec le personnage de l'adolescente frondeuse du couple d'intellectuels bannis. Le film aurait gagné en cohérence à faire l'économie de sa fugue inutile qui nous distrait de l'enjeu principal du film : la décision des parents.
Un homme professeur et metteur en scène de théâtre et sa femme comédienne se retrouve mis du jour au lendemain au ban de la société, du fait du prince. Comment désormais jongler avec une relative précarité et un engagement politique. Comme dans tous les films des acteurs jouent des personnages mais ici une ville en joue une autre, le film qui se passe à Ankara (puis Istanbul) â été tourné à Berlin. La capitale allemande endosse donc le rôle de la capitale turque. Elle est créditée en tant que telle au générique. C’est plutôt inédit et c’est la seule originalité de ce film, après le Lion d’Or je ne comprends pas non plus l’attribution de l’Ours d’or cette année.
"Yellow Letters" Ours d'Or à la dernière Berlinale est un drame qui se regarde. Ilker Çatak, réalisateur turc, signe un film en trois chapitres. L'histoire suit un couple d'artistes turcs d'Ankara dont l'existence bascule suite à des révocations administratives surnommées "lettres jaunes". Le jeu des acteurs Özgü Namal et Tansu Biçer m'a particulièrement plu, tout comme les deux premiers actes qui traitent de la dictature, de la censure et de la répression politique en Turquie. La troisième partie, à mon sens moins captivante, se concentre sur le théâtre et la place de la femme et de l'homme dans la société turque. Une fin moins réussie.
İlker Çatak construit un récit tendu où l’intime et le politique se contaminent en permanence. Le film trouve sa puissance dans la manière dont il montre l’usure progressive des convictions. Les acteurs portent cette tension avec une intensité remarquable.
Plutôt bon film mêlant dénonciation politique et "comédie dramatique" et familiale. S'il penche progressivement du deuxième côté ( spoiler: l'altercation entre le dramaturge et un collègue universitaire licencié lui aussi au tribunal en est un beau symbole spoiler: ), l'action reste prenante tellement elle est tout à fait crédible et sensible ( vécu du réalisateur exilé lui aussi en Allemagne ?). spoiler: Ceci dit, la fixation chez la mère pour l'école privée pour sa fille et son choix de jouer le premier rôle dans une série, en blonde décolorée ( ! ) bascule vers la satire involontaire ou la facilité d'un dénouement faiblard. spoiler:
Excellent film, qui nous plonge dans la réalité de personnes limogées pour leurs idées politiques et confrontées au dilemme de conserver leurs valeurs tout en assurant leur quotidien. Belle fresque familiale, les personnages et leurs réactions sont totalement crédibles, le film est magnifiquement joué et la mise en scène rend le film soutenable malgré un sujet qui pourrait être oppressant.