Si vous cherchez de l’action ou de la poésie, éloignez vous….ce sont des dialogues pendant deux heures, dialogues concis, pragmatiques et plus ou moins politiques…..Le réalisateur règle ses comptes avec l’intelligentsia, l’oligarchie turque….Ankara ou Istanbul, il faut choisir ses souffrances, politiques ou artistiques…..Il y a une certaine efficacité dans le scénario, du réalisme à la Orhan Pamuk ( prix Nobel turque que je conseille vraiment en lecture)….Bref ça tient la route avec un petit côté cérébral, où un couple cherche le salut dans l’art (le théâtre)….Où le couple essaie de retrouver sa place dans la société ( tous deux ont été bannis)…..Il faut aimer ce genre de cinéma, où l’émotion est rare, mais le verbe est prolixe….à réserver à un public plus littéraire que cinéphile…..cela demande une certaine immersion….
Très intéressant film d'İlker Çatak , réalisateur du très bon "La salle des profs" , qui réalise là un pamphlet politique doublé d’un récit intime et démontre comment ce couple d'Artiste se retrouve victime de l'Oppression Politique et malheureusement l’explosion du mariage face à un Régime Autoritaire étouffant ! C'est là une réflexion passionnante sur l'Engagement Artistique !
Dans de nombreux pays du monde, les mondes de la culture et du savoir sont de plus en plus entravés dans leur fonctionnement que ce soit par des dispositions juridiques liberticides ou par des coupes budgétaires plus ou moins drastiques. Autant dire que l’histoire que raconte "Yellow letters" a, malheureusement, un caractère universel très prononcé, d’autant plus que les résultats d’élections à venir risquent de produire les mêmes effets dans des pays qui, actuellement, ne sont pas encore trop touchés. C’est son 4ème long métrage, "La salle des profs", qui avait donné une notoriété internationale à İlker Çatak, le réalisateur de" Yellow letters", né à Berlin dans une famille d’immigrés turcs. Ce film allemand, qui a représenté l’Allemagne lors de l’édition 2024 des Oscars, a comptabilisé près de 250 000 entrées dans notre pays. L’idée de tourner Yellow letters lui étant venue en Turquie, en 2019, lorsqu’il a entendu parler des 2000 artistes qui, dans ce pays, avaient été suspendus et traduits en justice pour diverses raisons, la principale ayant été d’avoir signé une pétition pour la paix, İlker Çatak a longtemps hésité entre un tournage en Turquie et un tournage dans un autre pays. Conscient que la présence d’un autocrate comme Erdogan à la tête de la Turquie ne manquerait pas de poser des problèmes si le tournage se déroulait dans ce pays, il a finalement coupé la poire en deux, le tournant en Allemagne, en langue turque, avec des comédiens et des comédiennes venant d’un peu partout en Europe, y compris de la Turquie, un film dont l’action est censée se dérouler en Turquie. Il s’est même payé le luxe d’annoncer dans son film que Berlin y jouait le rôle d’Ankara, la capitale de la Turquie, et Hambourg le rôle d’Istanbul. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.
Le film est trop souvent vendu comme un thriller, mais il en est rien. Ni thriller, ni polar, ni même film à suspense, il demeure un drame familial et conjugal avec un couple dans la tourmente. Des artistes de la scène qui ont du succès mais qui sont aussi trop critiques envers le pouvoir, des artistes qu'il faut donc museler comme dans toute bonne dictature, mais, en repensant à quelques films sur une famille ou un couple face à la tyrannie comme "La Vie des Autres" (2006) ou "Je suis Toujours Là" (2025) et pourquoi pas "Le Quatrième Mur" (2025), on se dit que Ilker Catak reste sur une certaine mesure, délaissant finalement le sujet de l'arbitraire, de la censure et de la corruption pour se focaliser sur une crise conjugale d'une grande banalité finalement. Ainsi la lutte sociale pour la liberté d'expression reste en filigrane, mais la ligne principale et directrice est bel et bien le couple, comment il va gérer et comment il va s'en sortir. Pas de grand suspense, mais une description précise, crédible, authentique et sincère d'une crise conjugale avec le soucis d'ado en prime (évidemment). Les convictions qui soudaient le couple autant dans leur art que dans leur opinion politique vacillent, plus ou moins et pas de la même façon pour elle que pour lui, entre pragmatisme, compromis, lâcheté, chacun chacune place son curseur et le tout est de savoir comment tout ça va se terminer. Site : Selenie
Beau film sur le dilemme de l'artiste en régime politique autoritaire. Même si un Ours d'or peut sembler excessif, l'œuvre est largement recommandable.
Enorme claque, des acteurs extrêmement justes. On se retrouve un peu comme dans les films d'Asghar Farhadi, emportés dans une histoire personnelle, comme dans un thriller intime. Cette fois avec plus de tension, et d'enjeux politiques. Un grand film !
Un grand grand film, politique, qui nous enmène dans la Turquie très actuelle d'Erdogan à travers le parcours de ce couple. Une grande mise en scène, on ne s'ennuie jamais dans ce tourbillon entre Istanbul et Ankara. Ours d'Or mérité !
J’avais adoré la salle des profs . Son nouveau film est encore plus fort . Comment la repression politique va impacter ce couple qui se croyait indestructible mais aussi et paradoxalement libérer cette femme. C’est puissant , c’est haletant, c’est rare ! A ne pas manquer !
Si tu ne vas pas à la politique, la politique viendra à toi ou comment le contexte politique collectif finira par impacter gravement ton destin privé individuel. Comment l’autocratie finira par te rattraper. Un couple intellectuel engagé est finalement disloqué et rattrapé par son environnement politique (turc même si tourné en Allemagne du fait de la censure). Chacun est dans un sauve qui peut personnel face à un pouvoir intrusif menaçant (les lettres jaunes) et invisible. Un glissement progressif de personnes, depuis des positions de principe jusqu’au renoncement pour s’en sortir. Puissant !spoiler:
Compromis ou compromissions, tout le dilemme est là pour le couple qui occupe le devant de la scène dans Yellow Letters d'İlker Çatak, digne successeur de l'excellent La salle des profs. Dans ce nouveau film, que le réalisateur n'aurait jamais pu tourner en Turquie, deux actrices inattendues figurent au casting : Berlin, en lieu et place d'Ankara, et Hambourg, pour Istanbul. On l'aura compris, Yellow Letters est une œuvre politique engagée dont la force tient, entre autres, aux résonances intimes qu'elle implique pour deux artistes, une actrice et son mari, écrivain de théâtre, mais aussi professeur d'université, sans oublier leur adolescente de fille qui subit non sans dégât le changement de situation de ses parents et leurs constantes interrogations. Que faire lorsqu'un pouvoir autoritaire fait pression, menace et discrimine ceux qui ont l'outrecuidance de ne pas baisser la tête devant l'arbitraire et la censure ? Comme dans son film précédent, İlker Çatak ne relâche jamais la pression, poussant à bout ici le fragile cocon familial, à l'aide de dialogues cinglants dans un engrenage étouffant, selon un dispositif que ne renierait pas Asghar Farhadi. Du cinéma façon autocuiseur qui laisse ses personnages se débattre dans leurs convictions ébranlées par la nécessité d'assurer le matériel du quotidien. Ours d'or à Berlin mérité.
"Après le très maîtrisé et tendu La Salle des profs, İlker Çatak était attendu au tournant. Yellow Letters confirme un cinéaste capable d’instiller une terreur souterraine dans des espaces fermés — salle de classe hier, foyer familial aujourd’hui. Ours d’Or à la Berlinale 2026, le film raconte des choses essentielles sur notre époque où l’effacement des voix dissidentes n’est plus l’apanage des régimes autoritaires. Mais là où son précédent long métrage maintenait une pression quasi hitchcockienne jusqu’à son dénouement, celui-ci laisse parfois échapper la tension qu’il avait lui-même convoquée."
"Le mécanisme déclencheur est d’une sobriété glaçante : des enveloppes au papier jaune, d’un banal administratif consternant, signifiant une rupture de contrat irrévocable. Pas de procès spectaculaire, pas d’arrestation — juste une lettre, et la vie d’avant qui s’effondre sans bruit. C’est la signature d’un État turc qui maintient le contrôle sur toute forme d’opposition en la condamnant non à la prison, mais à ce que Çatak appelle lui-même une « mort civile » : physiquement en vie, juridiquement et socialement effacé."
"Ce qui rend le film particulièrement retors, c’est qu’il ne se contente pas de dénoncer l’arbitraire de l’État — il interroge aussi la sincérité de ceux qui lui résistent. Derya et Aziz sont des intellectuels progressistes, laïcs, convaincus de leurs convictions. Mais sous la pression, une question s’insinue : jusqu’où tenaient-elles vraiment, ces convictions ? Çatak tend un miroir assez cruel sur la notion même d’engagement — politique, marital, familial — comme si ces trois dimensions étaient en réalité la déclinaison d’un seul et même problème. S’engager, c’est accepter le coût de ses choix. Et le film observe, sans complaisance, comment des êtres qui se croyaient prêts à en payer le prix découvrent qu’ils ne l’étaient pas tout à fait."
"C’est peut-être là que Yellow Letters trouve sa vérité la plus âpre : dans la tension permanente entre deux êtres qui se croyaient alignés et découvrent, sous la pression, qu’ils ne l’ont jamais été tout à fait. Derya et Aziz ne s’affrontent pas frontalement — ils s’effritent. Elle, comédienne habituée à incarner des résistances sur scène, porte la révolte dans le corps, dans l’instinct. Lui, universitaire rompu aux arguties intellectuelles, tend davantage vers le calcul, la prudence, la négociation avec le réel. Quand la situation les dépouille de leurs rôles sociaux, ces différences de nature, longtemps masquées par le confort et le statut, remontent à la surface."
"La performance des deux comédiens est impressionnante, et c’est Özgü Namal qui porte les séquences les plus intenses — capable de faire tenir dans un seul regard la fierté blessée et la peur qui ne dit pas son nom. Paradoxalement, le film manque de tension dramatique à plusieurs instants clés, même dans les disputes. On peine à retrouver l’énergie du début, qui annonçait une terreur sourde depuis les coulisses du théâtre. [...] Çatak souhaite un film universel dans son propos, retors dans son dispositif — et il y parvient souvent. Mais à vouloir trop embrasser, il perd en subtiliser. Yellow Letters reste une œuvre fascinante à intellectualiser, portée par des intentions sincères et une mise en scène rigoureuse. Ce qui lui manque, c’est peut-être simplement la rage sourde que son sujet appelait."
Retrouvez ma critique complète sur Le Mag du Ciné.
En offrant un drame moderne et parfois tortueux sur le pouvoir et l'art, CATAK livre une vision noire mais pas forcément toujours claire, d'un combat politique mais surtout humain, en y mêlant des aspects de drame et de mélodrame, qui ont du mal à pleinement s'équilibrer, malgré des performances folles
Yelows letter En tant qu’étudiant en cinéma Yelows letter m’a profondément touché par son histoire, des artistes et professeurs qui se voit remettre leur lettre de démission, des professionnels de l’art et des universitaires qui se voit perdre leur métier par la faute de la politique et des personnes véreuse qui la composent et font tourner le monde. Mais la vraie histoire réside spoiler: dans la destruction du couple de Derya et Aziz qui voit leur vie idyllique passé au cauchemar , deux artistes de premier plan qui se voit obligé de recommencer à zéro et qui doivent laisser leur caprice de Diva sur le côté pour pouvoir tenir le coup. La déchirure et l’implosion d’un couple des plus soudé par la faute d’un bout de papier, la descente aux enfers de figure du théâtre à cause de la politique et du manque de liberté d’expression
Beaucoup de choses dans ce film : l’engagement politique, la culture et son rôle, la parentalité et l’éducation, la famille en général, le tout dans un état policier, la Turquie, pour laquelle les villes sont des personnages joués par d’autres villes (Berlin pour Ankara et Hambourg pour Istanbul). Les acteurs sont convaiquants, les dialogues riches et la photographie réussie. Seul le scénario est à mon avis un peu trop dispersé, la place donnée à l’éducation de la fille unique adolescente prend par exemple beaucoup de place.