Omerta à l’irlandaise
Tim Mielants est belge et, jusque là, réalisateur de séries TV. Pour ces premières 98 minutes sur grand écran, il reprend le thème d’un grand film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters de 2002. Irlande, 1985. Modeste entrepreneur dans la vente de charbon, Bill Furlong tache de maintenir à flot son entreprise, et de subvenir aux besoins de sa famille. Un jour, lors d'une livraison au couvent de la ville, il fait une découverte qui le bouleverse. Ce secret longtemps dissimulé va le confronter à son passé et au silence complice d'une communauté vivant dans la peur. A la différence de son illustre prédécesseur, Mielants ne nous plonge pas dans un huis-clos au sein de l’institution religieuse, mais s’en tient à un regard extérieur sur le drame qui se joue dans les murs de cet institut. Le titre original, Small things like these, en dit plus qu’un long discours. Un beau film poignant, - même si j’ai préféré l’original -, qui doit beaucoup à son interprète principal.
On est au milieu des années 80, en Irlande profonde, à New Ross où tout est gris, noir comme le charbon charrié à longueur de journée par le personnage central. Le société est corsetée et sur tout écrasée par l’omniprésence de l’Eglise catholique. Les extérieurs du film cadrent systématiquement, une croix, une église, ou font entendre des cloches dans le lointain. Tout le monde sait ce qui se passe derrière les murs, mais tout le monde se tait. Le poids des non-dits et le déni généralisé engourdissent et écrasent la petite cité portuaire. Ce film, c’est l’histoire d’une prise conscience, celle d’un homme ordinaire, témoin – comme beaucoup d’autres -, de la laideur du monde. Malgré quelques flash-backs un peu trop appuyés, ce drame lent et taiseux rappelle à nos souvenirs les 56 000 jeunes femmes envoyées de force dans ce type d’établissement, pendant plus de 60 ans, pour pénitence et réhabilitation. En 2002, Mullan nous montrait. En 2025, Mielants suggère, mais ça fait toujours aussi froid dans le dos.
Un an après son Oscar pour son interprétation dans Oppenheimer, Cillian Murphy est de retour sur les écrans… et quel retour ! Son jeu tout en silence, en gestes douloureux, en regards, est un modèle du genre. Il est entourée par Eileen Walsh, Emily Watson, - glaçante -, et Michelle Fairley. S’il ne se consacrait pas entièrement à la perspective de son protagoniste, ce ne serait qu’un serait un drame de plus sur la banalité du mal. Il y a 3 ans, on vait découvert la plume de Claire Keegan à travers l’adaptation d’un de ses romans dans The quiet girl, qui nous avait déjà bouleversés à l’époque. J’aurais juste aimé que le film entrât plus rapidement dans le vif du sujet. Mais ça reste un superbe moment de cinéma.