Une merveille. Deux heures d'absolu bonheur. Avec un mélange d'énergie et d'émotion...
Je ne la connaissais pas, cette jeune femme taiwanaise qui avait auparavant collaboré, pour la réalisation et la production, avec Sean Baker. Quel talent. Comme on s'attache à ces trois personnages féminins, une mère et ses deux filles, qui reviennent à Taipei pour y travailler, plus précisément pour travailler dans un immense marché de nuit. Shu-Fen (Janel Tsai) pour y tenir un petit restaurant de rue; sa fille I-Ann (Shi-Yuan Ma), chez un vendeur de betel. Ben oui, ça existe, et on n'est pas au bout de notre dépaysement. C'est en même temps dépaysant, et comme chez nous. Le dépaysement, c'est cette ville de Taipei, avec ses couleurs criardes -surtout sur le marché, dont les rouges, les roses sursaturés sous les néons vous font mal à la tête, sa circulation démente même dans des rues étroites. Comme chez nous, c'est l'histoire classique d'une mère et d'une fille qui s'entendent pire que chien et chat et que les réalités financières obligent à cohabiter.
I-Ann a une tête de cochon. comme une ado (qu'elle n'est plus vraiment) et des facons de vivre qui déplaisent à ses grands-parents très traditionnalistes
La douce, la courageuse Shu-Fen doit tout supporter. La mauvaise humeur de sa fille; les relances du placeur du marché qu'elle n'arrive pas à rembourser à temps. Et elle prend en charge les frais d'hospitalisation et d'obsèques du mauvais mari qui l'a abandonnée après l'avoir brutalisée. Mais elle est encore très jolie, et Johny, son voisin du marché (Brando Huang), un camelot qui vent des petites bricoles, dont des éponges magiques... lui ferait bien la cour.
Et puis il y a la petite dernière, I-Jin, adorable, bouille toute ronde... Ou l'ont-ils trouvée, cette petite Nina Ye, tellement juste, tellement drôle, tellement expressive (et une future étoile de la K-pop...) ! Toujours affairée, elle court partout, aide sa mère, traverse le marché de toutes parts -tous les commerçants le connaissent, mais parcours aussi les rues du quartier. Quel âge peut elle avoir? Moins d'une dizaine d'années!
Mais voilà: un jour son grand père va lui dire une chose terrible. Vous verrez, le couple de grands parents est aussi pittoresque, entre la grand mère affairiste qui se croit encore séduisante à soixante ans, et le pépé amorphe et touché par le gâtisme. Quand il comprend que I-Jin est gauchère -jusque là ça ne gênait personne, il se met très en colère car la main gauche c'est la main du diable!
Elle est perturbée, la petite. La main du diable! elle envisage un moment de la couper, puis se dit que la main du diable peut servir à faire de mauvaises choses, comme faucher des bricoles aux étalages..
Donc, pendant une bonne partie du film, nous vivons les péripéties du marché avec les trois femmes, nous sommes immergés dans cette vie trépidante, avec un peu l'impression d'être dans un documentaire sur Taipei. La trame du film -car il y en a une!! ne se développera vraiment que dans le dernier quart, et là, il s'en passera des choses! A la fin, on a même l'impression d'être dans Festen...