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Cinéphile
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5,0
Publiée le 17 septembre 2025
Un premier film c'est comme un laboratoire, on expérimente, in fine ça passe ou ça casse ... Left Handed Girl est de ceux qui laisseront une empreinte dans le temps.
Couleurs saturées, punchlines aiguisées et dilemmes moraux se télescopent dans ce petit bijou qui sonde avec une grande justesse le quotidien d'une famille taïwanaise contemporaine, entre drôlerie et mélancolie.
Pour ceux qui aiment le cinéma asiatique, ce premier film de la réalisatrice thaïlando-taïwananise Shih-Ching Tsou est immanquable.
Tout ici respire en effet l'Asie dans ce qu'elle produit de meilleur au cinéma : l'attention aux laissés pour compte (comme dans le cinéma chinois contemporain), les fines descriptions de relations familiales et un scénario retors (comme chez Kore-Eda), la plongée en apnée dans la vie de la rue (comme chez le Philippin Brillante Mendoza), une capacité à faire vibrer les enfants à l'écran (comme chez le génial Edward Yang).
La chronique du retour en ville de cette mère et de ses deux filles est palpitante dans la diversité de ses tonalités : chronique tendre, critique sociale impitoyable, tableau de la féminité à trois âges différents, thriller psychologique. J'ai été captivé par l'évolution de ces trois personnages, filmés par une caméra alerte et inspirée.
La réalisatrice étant la compagne et la collaboratrice de longue date de Sean Baker, on n'est pas étonné de retrouver dans Left-handed girl quelques qualités du réalisateur d'Anora (qui est ici aussi producteur) : une merveilleuse façon de s'intéresser aux femmes, un sens de l'humour aiguisé et une crudité dans tabou.
Film parfait : -magnifiquement mis en scène avec une photographie sublime qui ferait passer Enter the Void pour un film en noir et blanc -habité par personnages ultra attachants, mention spéciale à I-Jing (Nina Ye) qui est le personnage le plus mignon depuis la terre -dépeignant un territoire et une culture malheureusement peu vus au cinema ces dernières années -qui raconte une histoire plutot simple en apparence mais qui traite en réalité de problématiques lourdes et malheureusement universelles qui sont mises en lumière par cette révélation finale qui est aussi surprenante que déchirante.
C'est la belle surprise de la rentrée ! Ce film taïwanais dépote. La forme est originale avec un léger effet fisheye assez inhabituel. Le fond est percutant avec un vrai film social, un film familial, un film de sororité, mais qui ne tombe pas dans le pathos. C'est du social aux antipodes du cinéma de Stéphane Brizet ; ça ne pleurniche pas, ça n'accuse pas le capitalisme et cette foutue société, c'est juste le récit du quotidien de trois filles qui doivent se battre pour survivre, avec des cris et des rires, filmé à hauteur de gamine. Un film réjouissant.
Ce film est très surprenant et très frustrant au vu du niveau de la mise en scène par rapport à son scénario trop vaste et trop vide. Par conséquent, le film n’est pas terrible et offre une déception aux spectateurs.
Effectivement, la réalisation est qualitative au vu des décors très satisfaisants, le marché nocturne apporte des jeux de lumière et des jeux de caméra vraiment chouette à regarder. Bon, certes la direction photographique est léchée et magnifique avec des couleurs qui donnent de la texture au film, mais certains mouvements peuvent être trop répétitifs et incohérents. Sans compter que les musiques sont oubliables et n’apportent pas grand chose au film.
En fait, le seul véritable problème de la mise en scène est le montage qui manque d’intensité et d’énergie. A tel point que les émotions ne montent pas au fur et à mesure du film. Le spectateur reste trop neutre.
En ce qui concerne le scénario, il y a énormément d'enjeux tout au long du récit. Chacun des personnages à son intrigue mais l’histoire finit par se concentrer sur la résolution des problématiques les moins intéressantes. D’autant plus que socialement, le film est pertinent mais la narration n'attire pas son public. En bref, les personnages sont assez attachants mais l’histoire n’expose pas assez clairement les enjeux pour se sentir concerné.
Malheureusement, l’écriture manque de recul et de maturité car il n’est pas évident de saisir l’essence de l’histoire.
Il est relativement complexe de recommander ce film au vu de son histoire qui n’est pas à la hauteur des décors et de sa mise en scène.
Vu en avant-première au festival du film américain de Deauville, ce premier film, réalisé par une taïwanaise se passe à Taipei. On y suit les galères quotidiennes d’une famille de femmes (la mère, sa fille et une petite fille de 5 ans) dans les bas fonds du marché de nuit de Taipei. La gamine et tous les autres personnages féminins sont remarquables. Les mâles quant à eux sont au mieux gentils mais plus souvent pleutres, machistes ou rétrogrades. Bref une immersion très réussie dans un milieu méconnu. Un bon moment de cinéma même si la patte du monteur, un certain Sean Baker, est un peu lourde.
Quelle réussite! une œuvre sincère, vibrante, profondément humaine. Elle ose creuser les failles familiales et sociales sans jugement, avec une grande compassion. Ce qui frappe d’abord, c’est la profondeur des personnages féminins. Chacune incarne une résistance, contre le silence, contre les traditions, contre les attentes, et pourtant, le film ne verse jamais dans la caricature. Les relations familiales sont décrites avec douceur, douleur et complexité. On ressent les non-dits, les peurs, les espoirs contenues, mais aussi les petites rebellions silencieuses. Le décor de Taipei, et plus particulièrement des marchés nocturnes, devient lui-même un personnage. La réalisatrice capte le chaos vivant : les étals, les néons, les conversations mêlées, les odeurs, l’ensemble crée un univers sensoriel très puissant. Ce foisonnement visuel contraste avec les tensions internes des personnages et enrichit le récit : le milieu urbain est à la fois source de difficultés et de possibles. En somme, un film à voir absolument pour quiconque aime le cinéma qui touche, qui interroge, et qui laisse une empreinte durable.
Le scénario se lit alors à trois niveaux, la ligne directrice reste la famille, le lien qui unit les trois membres, mais chacune d'entre elles a sa petite histoire, son aventure, son soucis sans que les deux autres en sachent quoi que ce soit jusqu'aux dénouements finaux. Maman a des soucis d'argent forcément, la grande tente de s'émanciper peut-être pas de la meilleure manière, et la petite se met à agir bizarrement à cause d'un croyance révolue du grand-père. D'emblée le plus gênant reste la fillette, a priori âgée de 5 ans elle semble beaucoup trop mature et débrouillarde pour une fillette si jeune... SPOILERS voir site !...Finalement une fillette de 8-9 ans aurait été plus crédible. Par là même on se demande pourquoi l'aînée choisie aussi facilement ce travail. Mais au fil du récit la chronique du trio vire en un mélo familial plus élargit jusqu'à une dernière partie trop longue, trop poussive à tous points de vue. L'épilogue fait illusion après un twist qui semble comme oublié. Il aurait fallu rester focus sur le trio mère-filles. Bon point sur la mise en scène (joli visuel de la main du diable qui passe de magasin en magasin), et un trop d'actrices de trois générations épatantes. Un bon moment. Site : Selenie
Un film qui surprend autant qu’il touche. Sans jamais tomber dans le mélodrame forcé, il propose un regard fin et sensible sur ses personnages et leurs contradictions. Ce qui frappe d’emblée, c’est la délicatesse avec laquelle le réalisateur construit son univers, une mise en scène épurée, presque pudique, qui laisse toute la place aux émotions.
Le récit avance par petites touches, préférant les non-dits aux démonstrations. Cette approche peut dérouter certains spectateurs, mais c’est précisément ce qui rend le film si authentique, on ne nous explique pas tout, on nous invite à comprendre, à ressentir. Le personnage principal, à la fois fragile et déterminé, est superbement interprété, et l’on suit son parcours avec une empathie grandissante.
L’esthétique, entre nuances douces et lumières naturelles, renforce cette impression d’intimité. Certaines scènes restent longtemps en mémoire tant elles sont travaillées dans leurs détails, qu’il s’agisse d’un simple geste ou d’un regard qui en dit plus que des dialogues.
Tout n’est pas parfait : quelques longueurs et un rythme volontairement lent pourront en laisser certains à distance. Mais pour qui accepte de se laisser porter, Left-Handed Girl offre une expérience sincère, subtile et profondément humaine
Une très belle histoire de famille mouvementée avec des personnages très attachants, très bon scénario et jolies interpretations, de belles vues de Taïwan, un bon moment de cinéma
L’actrice et productrice américo-taïwanaise Shih-Ching Tsou collaboratrice de longue date de Sean Baker, réalise son premier long métrage co-écrit et coproduit avec son compère. Tout est formidable dans ce film à l’histoire plus que banale : une femme revient à Taipei après des années d’absence accompagnée de ses deux filles pour ouvrir un petit resto dans un marché couvert. L’humour imprègne chaque scène, les personnages principaux comme les secondaires, la description de la société taïwanaise, de ses rapports à l’argent, la persistance du patriarcat...et la place prépondérante qu'occupent les hommes. Pour l'autre sexe, c'est un combat quotidien que le film raconte brillamment avec ses armes, celle de la légèreté acidulée, entre autres, et au milieu de cet univers, un petit bout de femme de 5 – 6 ans, la petite gauchère, au centre d’une histoire qui la dépasse et qui vit intensément dans son monde à elle. . À l’origine de « Left-Handed Girl », il y a un souvenir très précis de la réalisatrice. À savoir celui de son grand-père qui lui disait toujours de ne pas utiliser sa main gauche car c’était celle du diable !! Le montage incisif de Sean Baker donne rapidité et efficacité au récit, sans qu'aucune piste narrative ne soit négligée, débouchant d'ailleurs sur une scène grandiose, autant cruelle qu'hilarante, réplique asiatique du Festen de Thomas Vinterberg. Les enjeux du film sont à hauteur d’enfant et ce n’est pas pour ça qu’ils ne sont pas sérieux : d’un vol de porte-clé à un anniversaire qui tourne au règlement de comptes, Shih-Ching Tsou livre un film généreux et insouciant, où tous les problèmes se résolvent avec joie. Un plaisir.
Il s'agit d'une des belles surprises de cette rentrée. Tourné au cœur de Taipei, sur un rythme trépidant, "Left-Handed Girl" brosse le portrait de trois femmes d'une famille de retour dans la grande ville, où tout est à (re)construire, que ce soit professionnellement ou dans la nouvelle école de la benjamine. On est frappé par l'énergie de la mise en scène, au service de chacun des personnages, dont la courage et la résilience se révèlent peu à peu, sans ostentation. Univers saturé de couleurs et de bruits, le film trace une route incertaine mais obstinée où le point d'orgue est constitué par une des scènes finales, l'anniversaire de la mère (et grand-mère) dans un retournement dramatique qui n'est pas sans évoquer le dîner de "Festen". L'ensemble du casting est formidable, notamment la jeune Nina Ye, d'une justesse exceptionnelle dans le rôle de la gauchère du titre.
Une merveille. Deux heures d'absolu bonheur. Avec un mélange d'énergie et d'émotion... Je ne la connaissais pas, cette jeune femme taiwanaise qui avait auparavant collaboré, pour la réalisation et la production, avec Sean Baker. Quel talent. Comme on s'attache à ces trois personnages féminins, une mère et ses deux filles, qui reviennent à Taipei pour y travailler, plus précisément pour travailler dans un immense marché de nuit. Shu-Fen (Janel Tsai) pour y tenir un petit restaurant de rue; sa fille I-Ann (Shi-Yuan Ma), chez un vendeur de betel. Ben oui, ça existe, et on n'est pas au bout de notre dépaysement. C'est en même temps dépaysant, et comme chez nous. Le dépaysement, c'est cette ville de Taipei, avec ses couleurs criardes -surtout sur le marché, dont les rouges, les roses sursaturés sous les néons vous font mal à la tête, sa circulation démente même dans des rues étroites. Comme chez nous, c'est l'histoire classique d'une mère et d'une fille qui s'entendent pire que chien et chat et que les réalités financières obligent à cohabiter. I-Ann a une tête de cochon. comme une ado (qu'elle n'est plus vraiment) et des facons de vivre qui déplaisent à ses grands-parents très traditionnalistes La douce, la courageuse Shu-Fen doit tout supporter. La mauvaise humeur de sa fille; les relances du placeur du marché qu'elle n'arrive pas à rembourser à temps. Et elle prend en charge les frais d'hospitalisation et d'obsèques du mauvais mari qui l'a abandonnée après l'avoir brutalisée. Mais elle est encore très jolie, et Johny, son voisin du marché (Brando Huang), un camelot qui vent des petites bricoles, dont des éponges magiques... lui ferait bien la cour. Et puis il y a la petite dernière, I-Jin, adorable, bouille toute ronde... Ou l'ont-ils trouvée, cette petite Nina Ye, tellement juste, tellement drôle, tellement expressive (et une future étoile de la K-pop...) ! Toujours affairée, elle court partout, aide sa mère, traverse le marché de toutes parts -tous les commerçants le connaissent, mais parcours aussi les rues du quartier. Quel âge peut elle avoir? Moins d'une dizaine d'années! Mais voilà: un jour son grand père va lui dire une chose terrible. Vous verrez, le couple de grands parents est aussi pittoresque, entre la grand mère affairiste qui se croit encore séduisante à soixante ans, et le pépé amorphe et touché par le gâtisme. Quand il comprend que I-Jin est gauchère -jusque là ça ne gênait personne, il se met très en colère car la main gauche c'est la main du diable! spoiler: Elle est perturbée, la petite. La main du diable! elle envisage un moment de la couper, puis se dit que la main du diable peut servir à faire de mauvaises choses, comme faucher des bricoles aux étalages..
Donc, pendant une bonne partie du film, nous vivons les péripéties du marché avec les trois femmes, nous sommes immergés dans cette vie trépidante, avec un peu l'impression d'être dans un documentaire sur Taipei. La trame du film -car il y en a une!! ne se développera vraiment que dans le dernier quart, et là, il s'en passera des choses! A la fin, on a même l'impression d'être dans Festen...
Dès que retentissent les premières notes du leitmotiv musical (Ouch Potato – Bleeding Fingers), c’est un véritable plaisir de se laisser guider dans cette aventure taïwanaise, à hauteur d’enfant, portée par la pétillante et intrépide Nina Ye !
Au fil du visionnage, il m’a semblé évident de comprendre ce qui a pu séduire Sean Baker, réalisateur d’Anora, ici présent comme scénariste, producteur et monteur de cette fable à multiples facettes.
Au menu : une accumulation de non-dits, le poids de l’héritage familial, et tout ce qui se dresse sur notre route lorsqu’on tente de tracer son chemin tant bien que mal, souvent à contre-courant des attentes et contradictions d’une société à plusieurs vitesses. Le tout au cœur d’un portrait de femmes sur trois générations, perdues entre tradition et modernité.
Une première réalisation enivrante et maîtrisée de la part de la cinéaste taïwanaise Shih-Ching Tsou qui, sans rien réinventer, s’inscrit avec justesse dans la lignée des films familiaux typiquement coréens ou japonais.