DAHOMEY de Mati Diop
En novembre 2021, vingt-six trésors royaux s’apprêtent à rejoindre le Bénin, leur terre d’origine, ex-Royaume du Dahomey.
Ces objets, sont une infime partie des milliers qui furent pillées pendant la colonisation, à la fin des années 1890. Des jeunes gens de l’université d’Abomey Calavi sont invités à déBattre autour de ces retours.
Sur le papier le film DAHOMEY avait tout pour me plaire, et pourtant j’en ai détesté le contenu.
Est-ce un film de fiction ou un documentaire ?
C’est la réalisatrice qui a organisé le débat avec les étudiants.
Mati Diop avant de laisser la parole à la jeunesse béninoise fait parler l’un des trésors royaux que l’on aperçoit dans son film, en lui donnant une dimension poétique et spirituelle. La sculpture semble tout droit sortie d’une longue nuit sans repères. Elle aurait été privée de sa raison d’être, dépossédée de sa puissance passée.
La voix off étouffée qui est la sienne, est celle d’une âme prisonnière a dimension universelle, elle parle pour toutes les autres.
La première partie du film, celle qui s’avérera la plus intéressante, est la préparation pour la restitution au Bénin de ces sculptures et objets sortis des musées parisiens. Ils étaient des objets puissants dans les années 1890 au service d’un Royaume, ils sont devenus des objets décoratifs, des œuvres dans des musées parisiens, pour aller vers une identité devenue incertaine de retour chez eux.
Pourquoi ces objets plutôt que d’autres ? Comment pourront-ils être accueillis au Bénin ? Que peuvent-ils encore représenter aujourd’hui pour la jeunesse ?
Ils apparaissent associés à l’âme de tout un peuple, à ce qui aurait pu permettre de faire le lien avec le passé. Leur confiscation aurait ainsi pu empêcher les êtres humains auxquels ils appartenaient de se les approprier avec fierté, pour se projeter dans l’avenir.
Les jeunes gens qui prennent la parole pendant le débat dans le film et pour le film, sont pour la plupart dans une posture victimaire autour de ces infimes restitutions face aux milliers d’objets pillés depuis le début de la colonisation.
On entendra finalement que deux jeunes gens soulever de réels questionnements intellectuels sur la place que ces objets pouvaient avoir et quels sens ils sont susceptibles d’avoir aujourd’hui.
Le film DAHOMEY a été récompensé de l’Ours d’Or à la dernière Berlinale. Mais n’est-ce pas là une récompense d’une très mauvaise conscience de pays impérialistes ?
Nous sommes ici bien loin du très beau « Le diable n’existe pas » de Mohammad Rasoulof récompensé en 2020, ou encore de « Black Coal » de Diao Yi’nan en 2014.
Si le film a un grand mérite, c’est surtout celui de soulever des questions, auxquelles il n’apportera finalement que bien peu de réponses.
Dahomey (Suisse – 1h08) de Mati Diop avec Gilda Adannou, Habib Ahandessi, Joséa Guedje