Du haut de ses 94 ans, Eastwood, dans ce qui, d'après ses dires, constitue son dernier film, continue d'explorer les failles de la justice américaine. Le juré n°2 a-t-il raison de garder le silence, alors qu'un innocent, certes peu recommandable, s'apprête à être incarcéré à sa place ?
Chaque flash-back fait peser sur nous le poids des responsabilités. On ressent à quel point le dilemme est lourd à porter pour Justin. La nuit dans laquelle il se replonge est poisseuse, alcoolisée pour certains, violente, pluvieuse, imprécise.
Lors des scènes de débats entre les jurés, Eastwood se réfère, dans sa mise en scène, aux Douze Hommes en colère. Le doute chez Justin, ainsi que chez l'inspecteur, pousse les autres jurés, tenus par des obligations et convictions personnelles, à reconsidérer leur jugement.
Car le verdict du procès, malgré l'impartialité la plus totale dans laquelle doit être jugé l'accusé, ne se décorrèle pas du vécu de chacun et du temps qu'il ou elle à envie de consacrer à sa réflexion.
En très peu de plans, Eastwood parvient à nous faire comprendre beaucoup.
Vers la fin, la peur qu'instille les gyrophares dans les yeux de Justin traduit l'anxiété avec laquelle il va être contraint de vivre, jusqu'à la fin de ses jours, s'il garde la vérité pour lui.
Après le risible Cry Macho, pas du tout représentatif du talent du cinéaste, Eastwood parachève sa carrière au cinéma avec un très bon dernier film.