Ode à la routine du quotidien
Perfect Days est un film modeste, contemplatif, où chaque geste devient une forme de langage. Wim Wenders y filme Hirayama, nettoyeur de toilettes à Tokyo, comme un moine moderne : un homme en retrait, apaisé, presque effacé.
Chaque jour, il se lève, nettoie, écoute du rock sur cassette, lit Faulkner… et recommence. Rien ne semble changer, et pourtant tout vibre. Le film fait de cette routine un art de vivre. Hirayama semble être un homme qui a tout quitté, ou tout perdu, et qui a appris à mieux voir. Une figure post-capitaliste, détachée de la réussite, de l’agitation, du besoin de performance.
Le message est limpide : l’accomplissement n’est peut-être pas dans l’exceptionnel, mais dans le calme, l’humilité, la répétition. Le titre Perfect Days n’est pas ironique : ces jours sont parfaits justement parce qu’ils sont simples, vécus sans attente.
C’est beau, épuré, sincère. Hirayama ne parle presque pas, mais tout passe par ses gestes, ses silences, ses regards. Le film nous invite à ralentir, à regarder le monde autrement. Mais cette épure a ses limites.
À force de retenue, Perfect Days devient abstrait. On devine un passé, un choix de rupture, mais le film n’y revient jamais. Et surtout, une fois qu’on a saisi l’intention – rendre hommage au quotidien – il ne reste pas grand-chose de plus. La structure cyclique finit par lasser. Certains plans reviennent, les situations se répètent, et l’émotion s’efface. Heureusement, la bande-son (Lou Reed, Patti Smith…) redonne un peu d’élan.
La scène finale, très sobre, résume ce trouble. Hirayama, seul dans sa voiture, laisse enfin filtrer une émotion. Mais laquelle ? Douleur, joie, fatigue ? On ne sait pas vraiment. Et c’est à la fois la force et la limite du film.
Perfect Days évoque un peu Candide. Non dans la satire, mais dans l’idée qu’après les illusions, il ne reste qu’à cultiver son jardin – ou, ici, nettoyer ses toilettes et écouter sa musique. Le bonheur n’est peut-être pas dans le bruit du monde, mais dans ce qu’on fait de ses petits gestes.
Un film délicat, sincère… mais un peu frustrant. On comprend ce qu’il veut nous dire. Mais on aurait aimé l’aimer plus fort.