Luxe, calme et volupté ? Tout va pour le mieux dans la vie parfaitement réglée de Yoriko ?
Introduire ainsi ce film n’incite pas à le comprendre : il n’est question ni de luxe, ni de volupté dans la vie de Yokiro et le calme n’y existe que par sa recherche. Si une comparaison est possible avec le tableau de Matisse ainsi nommé, ce serait par la technique du divisionnisme qui peut avoir guidé Naoko Ogigami dans la construction du film : il serait donc son regard par petites touches de couleurs pures porté sur une société japonaise en rupture apparente avec ses traditions et pourtant fortement imprégnée par celles-ci.
N’étant pas spécialiste du Shinto, ( une voie du divin qui reconnaît le caractère sacré de la Nature ) le film m’a plutôt fait penser aux vertus théologales : Foi, Espérance, Charité et cardinales : justice, prudence, force et tempérance.
Yokiro recherche la paix, le calme, l’harmonie ; la vie en société ne cesse de lui montrer des frontières, des limites. Frontières ténues entre Foi et endoctrinement, entre Espérance et naïveté, entre Charité et faiblesse. Dans sa vie familiale elle est aux prises avec la justice, la prudence, la force et la tempérance. Sa condition de femme la rendant particulièrement vulnérable. Comment être juste quand on a été victime d’injustice, d’abandon ? La prudence est-elle nécessaire ou une forme d’égoïsme ? Faut-il utiliser la force lorsque la situation le permet ? Faut-il appliquer à autrui la tempérance à laquelle on s’oblige ?
Naoko Ogigami n’impose aucun point de vue, à chacun de prendre ou pas partie, de relever les indices qu’elle dépose dans le décor par petites touches, indices aussi présents/absents que le jardin zen incolore et inodore qui est peut-être le second héros du film.
Mariko Tsutsui qui incarne le personnage principal est toute en subtilité dans une interprétation retenue et pourtant tellement expressive, insaisissable et transparente comme l’eau que Yokiro a choisi de vénérer. Son personnage est-il victime d’une secte ou en recherche d’une voie qui lui permettrait de surmonter sa solitude autant que les multiples questions que pose chaque circonstance de la vie ?
Maîtrise-t-elle la violence qu’elle sent parfois en elle, ou la subit-elle autant que les inévitables souillures de la vie ? C’est à chacun de décider la frontière entre Tsumi ( action mauvaise), kegare (souillure ) ou tatari ( châtiment) ; j’utilise les termes d’une culture que je connais peu mais qui sont universels comme le plaisir qu’on peut prendre à voir ce film excellent.