Avant toute chose, il est important de préciser que je ne suis pas un grand fan du travail de Chloé Zhao. J'ai eu beaucoup de mal avec "The Rider" dont je n'ai d'ailleurs gardé que le souvenir de m'être ennuyé et "Les Éternels" n'était pas franchement mémorable (bien qu'il soit tout de même un des meilleurs Marvel de ces dernières années... oui j'ose parler de Marvel ici) et je n'ai pas vu "Nomanland". Mais devant des critiques si dithyrambiques, la curiosité m'a quand même piqué et... bah je suis pas fan quoi !
Adapté du roman éponyme de Maggie O'Farrell, le film explore la vie de couple de William Shakespeare et d'Anne Hathaway. Mais ici renommée Agnes puisque tout cela est fictif, d'ailleurs le nom de Shakespeare n'apparait à aucun moment dans le bouquin. Eh oui puisqu'Anne n'était pas une étrange sorcière des bois bercée par le mysticisme de la nature et des animaux sauvages contrairement à Agnes.
Et centrer le récit principalement de son point de vue est franchement une bonne idée puisque c'est un personnage déjà très absent de l'Histoire qui se traine en plus une réputation de mégère ou du moins de légende racontant qu'elle était soit-disant détestée de son époux de huit ans son cadet. Bref, tout ça pour dire qu'il n'y a de "réel" que la mort d'Hamnet et l'éloignement des deux époux (l'une restant à la campagne pendant que l'autre écrit à Londres). Et d'où le fait de forcément s'intéresser davantage à un point de vue qu'un autre. Et le sien, encore une fois, est particulièrement et intéressant ici puisqu'on vit le deuil du point de vue la mère, exclue de la société et étant finalement très éloignée ou indifférente des activités de William.
Simplement, nous sommes face ici à un mélodrame bien trop appuyé. Ce qui fait que c'est lourd en permanence. La mise en scène est lourdingue en surlignant toujours le propos, les silences "qui en disent longs" sont lourdingues, les personnages sont lourdingues et la photographie est lourdingue, de même que l'étalonnage d'ailleurs. Chloé Zhao sait pourtant maitriser sa caméra, nous avons plusieurs fulgurances avec dans plans très soignés mais, encore une fois, c'est au service d'une mise en scène qui surligne toujours tout. Alors oui, le deuil ce n'est jamais joyeux mais même avant la mort d'Hamnet, le film semble toujours vouloir nous assommer avec du larmoyant et du pathétique qui flirte presque quelques-fois avec le sensationnalisme, comme les scènes d'accouchement qui sont épuisantes pour le personnage mais surtout pour les spectateurs.
Seule la fin est sacrément bien maitrisée. Et quand je dis "la fin", je parle plus précisément de la représentation d'"Hamlet". Là, c'est beau, on y croit, la représentation qui rentre tout de suite en résonance avec le deuil que les deux parents gèrent d'une manière très différente mais pourtant ici, leurs émotions peuvent enfin se rencontrer par le prisme de l'acteur qui joue Hamlet et donc, par extension, la projection qu'avait son père d'Hamnet adulte. Et franchement, la scène est très touchante, même si Max Richter ose ramener son sempiternel plaintif (mais très beau, je l'admet) "On the Nature of Daylight" avec lequel on atteint le paroxysme du mélodrame mais paradoxalement, on accroche car, pour une fois, c'est bien exécuté.
Bref, hormis une excellente performance d'acteurs et quelques bonnes idées çà et là, "Hamnet" restera pour moi une grosse déception.