⚠️ AVERTISSEMENT SPOILERS ⚠️
Une œuvre bouleversante et puissante qui dresse le portrait d'une figure mystérieuse, qui semble en harmonie avec les forces de la vie et de la mort. Comme une dualité, une jumellité entre l'homme et la femme, le rationnel et l'émotionnel, la nature et la culture dans lesquelles chacun va devoir puiser, pour se compléter.
Une très belle métaphore sur le mythe d'Orphée qui permet de transcender la mort, que l'on retrouve dans l'arc final, en faisant revivre le temps d'un instant suspendu hors du temps, ce que l'on a perdu. Donnant en plus une dimension particulière à l'art et au cinéma, qui deviennent le théâtre d'une mise en abyme de nos maux, source d'inspiration et de création, le lieu de la réconciliation, de la communion, comme la star d'un public à l'unisson, cherchant le diapason dans l'émotion, mémoire collective de notre humanité.
Le Barde d'Avon remplit l'absence par le sens et l'expérience, le vide de ce gouffre noir par la beauté de l'espoir, comme l'autrice et la réalisatrice ont su le faire, en comblant les morceaux de vies longtemps ignorées, revalorisant ces ombres oubliées avec beaucoup d'intensité, en captant l'essence de cette ignorance, de cette souffrance, la douleur intérieure dissimulée.
La relecture de cette déchirure viscérale et vitale permet de reconnecter l'importance d'un fils, dans l'œuvre de son père, tout en rééquilibrant l'autre visage, l'autre versant de l'histoire, et, dans ce désespoir, de transformer une épouse anonyme en héroïne universelle, spirituelle, l'ode à la femme, à la mère, aux gardiennes de la vie.
D'un autre côté, il y a beaucoup de longueurs, des scènes qui se prolongent et nous imposent un mélodrame incessant, insistant, comme une prise d'otage nous forçant à larmoyer, en frôlant l'overdose. On est aux limites de la démonstration, où tout est souligné, sur-expliqué, surjoué dans des scènes fabriquées, pensées pour les Oscars.
On peut également s'interroger, d'une part, sur le dépouillement total du célèbre tragédien, dont l'érudition et le langage n'ont aucune présence, bien que l'on suggère qu'il n'est que la vision qu'on a de lui dans le foyer, dans l'ignorance de tout ce qu'il incarne socialement, et permettant une identification à ce couple, plus accessible pour le spectateur. D'autre part, sur la portée d'un tel récit, cherchant par le prestige d'un auteur célèbre à valoriser une œuvre imaginaire, sans forcément de raccords, ou de signification réelle. Le prénom des jumeaux ayant été inspiré, même parrainé, par des amis proches, Hamnet et Judith Sadler, que l'on retrouve dans le testament de William Shakespeare, et que la pièce d'Hamlet est avant tout une reprise du personnage d'Ameleth conté dans les légendes du Danemark. Mais il est émotionnellement compréhensible et plausible d'y voir une canalisation inconsciente du chagrin, cette présence fantôme à qui l'œuvre tente de rendre hommage dans sa forme la plus pure.