Hamnet raconte le drame intime qui a vu naître l’un des plus grands chefs-d’œuvre de William Shakespeare. Et pourtant, tout part d’une tragédie familiale, d’une douleur sourde et déchirante dont on n’imaginerait jamais qu’elle puisse enfanter une œuvre immortelle. Paul Mescal et Jessie Buckley sont tout simplement époustouflants. Leur interprétation est d’une intensité rare, à fleur de peau, bouleversante de vérité. On a le cœur lacéré, pris à la gorge du début à la fin. C’est une tragédie au sens le plus noble du terme, puissante, implacable, profondément humaine. Les récompenses aux Golden Globe Awards sont amplement méritées. Beau, grand, viscéral et infiniment triste, le film laisse le spectateur abasourdi, sonné, marqué longtemps après la dernière image.
Encore un magnifique film de Chloé Zhao, qui ne déçoit jamais. Dans un autre style, plus naturaliste mais toujours aussi émouvant et touchant. Mention spéciale à Jessie Buckley qui est incroyable ! Et ça fait du bien de valoriser la femme dans un couple, c’est trop rare. Bravo
Et si Shakespeare s’était inspiré de la mort de son fils Hamnet pour écrire « Hamlet »… De ce spéculatif postulat est né un roman de Maggie O’Farrell (pas lu) que Chloé Zhao porte ici à l’écran. Commençant comme une histoire de couple, cette fiction se transforme avec les absences répétées et de plus en plus longues du dramaturge (Paul Mescal), en portait de femme, d’épouse esseulée, de mère courageuse, de pilier familial. L’interprétation magistrale de Jessie Buckley alimente la pluralité des émotions, l’explosant même au moment de l’impensable drame. Une adaptation aboutie à l’imagerie soignée, picturale, dont la photographie valorise aussi bien la nature que la reconstitution de l’époque.
De Chloé Zhao, jeune réalisatrice new-yorkaise d’origine chinoise, j’avais vu 3 de ses derniers longs métrages ( elle a tourné plusieurs courts métrages) et notamment l’excellent « Nomadland » multirécompensé, notamment par trois oscars, Lion d’or à Venise, Golden Globe…et bien d’autres…Pour « Hamnet » Chloé Zhao a adapté le roman éponyme de Maggie O’Farrell, paru en 2020 , dans lequel William Shakespeare aurait écrit Hamlet après la mort de son jeune fils Hamnet dans l’espoir d’exorciser son infinie douleur…Le drame nous est raconté du point de vue d’Agnès, épouse et mère, jeune femme issue de la petite bourgeoise campagnarde, fille libre, un peu sauvageonne , elle se promène dans la nature avec un faucon, herboriste vaguement guérisseuse, qui vit une passion partagé avec le dramaturge en herbe, précepteur latin et grec auprès de ses jeunes frères et sœurs…mariée rapidement car déjà enceinte d’une fille, Suzanna dont elle accouche seule en pleine nature…suivront deux jumeaux, Hamnet et Judith…Judith est considérée de santé fragile ( elle n’a pas crié à sa naissance) mais c’est Hamnet qui succombera quelques années plus tard, probablement de la peste, William qui s’installe progressivement à Londres, est absent à l’accouchement des jumeaux, au décès du cadet…Cet éloignement aura raison du couple…le roman et son adaptation est fidèle à la biographie de Shakespeare, du moins de ce qui est parvenu jusqu’à nous…Shakespeare est un fils de gantier, qui n’accroche pas au métier du père … il a épousé Anne Hataway ( Agnès dans le film) dont on ne sait trop rien…sinon qu’ils ont eu trois enfants…dont deux jumeaux…l’un des deux, le garçon meurt à 11 ans de causes inconnues. C’est un film somptueux, le directeur de la photographie Lukasz Zal a effectué un travail magnifique, que cela soit dans les échappées sur la nature dont la beauté est sublimée, sur ce vieil arbre tout noueux aux fortes racines, contre lequel Agnès accouche, que dans les intérieurs éclairés à la bougie pour créer une atmosphère chaleureuse et silencieuse , filmés à la façon d’un tableau des frères Le Nain où les tables ploient de bols et de mets…c’est un film long, au rythme assez lent et peu bavard…très épuré et à force de gommer le contexte historique, Chloé Zhao passe à côté du Shakespeare écrivain...qui reste hors champ pendant la majeure partie du film…Shakespeare, campé par le râblé Paul Mescal est relégué à la périphérie, et met sa femme Agnès, Jessie Buckley, en majesté ( en route vers l’Oscar ??) . En résulte un récit qui peut désarçonner, par sa naïveté et son sentimentalisme…j'en suis resté à l'extérieur…
je reconnais que la première heure est loin d’être passionnante, la prestation de Jessie Buckley est en demi teinte, et le scénario mortifère…..Veut on nous vendre la liberté de l’homme sauvage ? Bref je me suis sérieusement ennuyé de cette mise en scène taciturne et peu colorée…. Une heure pour ça et il faut attendre la perte d’un enfant pour comprendre la démarche de la réalisatrice, Chloé Zhao ( solide réputation du cinéma) , j’ai hésité à m’en aller, mais ma patience a été récompensée, par la dernière demie heure, plus chatoyante, mieux écrite, où enfin comme le dit le synopsis d’Allo ciné, tout s’éclaire, même si j’ai manqué de certaines références sur Hamlet, pour tout saisir…..Donc ce sera mon grand regret, la mise en scène pendant une heure et demie, trop mortifère et académique ? La montagne accouche d’une souris dit on….à vous de voir…...
Magnifique tout simplement ! Il n'était pas facile de parler de la douleur de perdre un enfant du point de vue de William Shakespeare et sa femme...la réalisatrice Chloé zaho l'a fait brillamment.
Ceux qui auraient le désir de découvrir ce film en connaissent déjà un peu le synopsis. Le titre Hamnet ou Hamlet est significatif. La surprise au cinéma vient de l’adaptation qu’a choisi d’en faire Chloé Zhao.
La première partie du film est celle de la rencontre amoureuse de deux êtres qui vivent en marge des leurs. Elle est une fille de la forêt, dans laquelle elle trouve sa place au monde, accompagnée d’un faucon. Lui est lettré, il enseigne le latin pour effacer la dette paternelle, et nourrit des rêves d’écriture. Les deux jeunes gens se trouvent et ne se lâchent plus, unis par un amour profond.
L’adaptation de Chloé Zhao est celle du livre de Maggie O’Farrell. L’autrice a tenté de donner de la chaire à l’œuvre d’Hamlet, en imaginant un deuil fictif. Les choix de la mise en scène sont très personnels, avec des plans appuyés qui s’étirent en longueur sur les visages, la nature ou les intérieurs de la maison. Ils créaient chez le spectateur une immersion au plus près des personnages.
Si Agnès, la jeune femme interprétée par Jessie Buckley est omniprésente à l’écran, c’est quand Paul Mescal apparaît que la magie opère réellement. Son personnage est solaire. A sa manière d’habiter son rôle, l’acteur lui donne un fort capital émotionnel, par l’intensité de son regard et la mobilité de son visage, de ces changements à peine perceptibles qu’il arrive à faire passer. C’est difficile à comprendre qu’il n’ait pas été sélectionné aux Oscars dans la catégorie du meilleur second rôle. Il était déjà bouleversant dans le très beau « Aftersun », il l’est tout autant ici. L’actrice incarne avec justesse son personnage, mais c’est lui dont on entend le prénom sur la toute dernière partie du film, Will, qui m’aura le plus subjuguée. Le garçonnet qui donne vit à Hamnet, n’est pas en reste non plus. Il parvient à donner beaucoup de gravité malgré son visage poupon.
Ce film sera certainement clivant. Si certains n’y verront qu’un tire-larmes, d’autres dont je fais partie se sentiront connectés au film. Et ce n’est pas encore cette fois que cette jeune réalisatrice sino-américaine décevra. Elle creuse un sillon durable au cinéma depuis ses tous premiers films. Et chacune de ses réalisations devient un rendez-vous à ne pas manquer ; Les chansons que mes frères m’ont apprises, The rider, Nomadland, et aujourd’hui ce très beau Hamnet.
Hamnet ne nous laisse pas indemnes. Le film nous emporte dans une tempête émotionnelle d’une puissance exceptionnelle, en puisant dans les racines de ce qui fait notre humanité. Il interroge notre lien à la nature, à notre propre nature, le sens que nous donnons à la vie, à la mort, à l’amour, à nos proches, à nos ascendants comme à nos descendants. Avec une grande justesse, il montre à quel point tout est subtilement et poétiquement imbriqué, comme pour révéler que la vie est intrinsèquement aussi cruelle que belle. Le tout est porté par un langage cinématographique d’une grande maitrise, pensé pour transcender son propos. Plus qu’un film biographique sur Shakespeare, Hamnet est une expérience visuelle, sensorielle et émotionnelle d’une intensité rare.
Je sors de Hamnet. Bouleversé ! De grands acteurs, y compris les enfants qui véhiculent des émotions fortes. L’amour qui surgit par miracle, les enfants qui survivent par chance, et la mort qui frappe subitement. Puis vient le deuil impossible, les reproches, les remords. Et enfin le Théâtre comme catharsis. Une séquence sublime où la tragédie révèle son sens caché. Et ce rire quand le deuil est accompli. Pffou ! À la campagne (la vraie vie) jamais une seule fois le prénom ou le nom de l’homme ne sont prononcés. Il n’est pas grand chose, un bon père, un bon mari, mais absent. Et arrivé à Londres le frère dit le nom : « Wiliam Shakespeare ». Comme si le nom n’existait que par et dans le théâtre. Alors que la femme communie avec la nature, l’artiste lui communie avec le public. Il n’y a d’ailleurs à la fin ni acteur ni public, plus d’artifices mais une compassion pour un prince qui meurt. Le cinéma a aussi ce pouvoir, faire disparaître l’illusion, le fabriqué, et nous immerger dans une émotion qui abolit l’espace (l’écran, la salle) et le temps (XVIe siècle - 2026). Les frontières sont abolies quand on se connecte à une œuvre.