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Michel Arcens
8 critiques
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3,5
Publiée le 6 avril 2026
Silent Friend n'évite pas un certain anthropocentrisme. C'est sans doute son seul véritable défaut car il faut une certaine audace pour monter l'unité du vivant. Ce qui est parfois fait de façon remarquable.
Silent Friend m'a rappelé un autre film dont l'action se déroule en Allemagne sorti récemment, Les Echos du passé. Là aussi, on suit des personnages de plusieurs époques différentes réunis par un même lieu, sur un rythme lent et contemplatif. Les comparaisons s'arrêtent là : Silent Friend est moins aride (heureusement), les personnages sont plus attachants et on se plaît à être embarqué dans ces 3 histoires sans liens les unes avec les autres si ce n'est la relation aux plantes, vue sous des prismes différents. Chacun des 3 personnages principaux se sent en décalage avec son milieu, trouve un certain refuge dans la botanique et va paradoxalement y rencontrer le moyen de se rapprocher d'autrui : la jeune étudiante du début du XXe siècle dans un monde masculin et rigoriste, l'étudiant des années 70 pas bien sex and drugs, le professeur débarqué de Hong Kong qui subit le confinement du Covid. Un film décalé (dans le bon sens du terme) et apaisant.
Ildikó Enyedi propose un geste de cinéma singulier, presque expérimental, en faisant d’un arbre le point de convergence de plusieurs trajectoires humaines. Le film déploie une beauté visuelle et sonore indéniable, cherchant à capter une forme de dialogue invisible entre l’homme et le vivant.
Trois histoires, trois périodes différentes, un seul témoin silencieux des sentiments de tous ces protagonistes pour un film qui mélange science et spiritualité en interrogeant notre rapport à la nature. C'est beau et mystérieux.
Très déçus! Si les images sont belles et le sujet original, film très ennuyeux, il n'y a pas vraiment d'histoire, les destins des personnages tournent à vide sans sens apparent, peu de dialogues, très très contemplatif et très long.
Ildikó Enyedi n'a pas tourné pour le cinéma durant les 15 premières années du XXIe siècle et c'est autant de beaux films potentiels qui manqueront à sa magnifique filmographie. La réalisatrice hongroise s'est rattrapée depuis, avec notamment le sublime Corps et âme et nous envoûte encore aujourd'hui avec l'inclassable Silent Friend. Trois époques, trois scientifiques, parfois en devenir, et trois solitudes avec la soif d'apprendre et de s'émouvoir : l'on se demande au tout début où le film veut en venir, avant d'oublier ses interrogations et de se laisser emporter par le flux sensoriel de cette ode à la nature, vivante et connectée. On cherche le lien entre les différents récits et bingo, ou plutôt ginkgo, c'est un arbre plus que centenaire qui en constitue le tronc commun, si l'on ose dire, et devient le témoin et l'ami silencieux de personnages épris de botanique et en quête pourquoi pas de compréhension sur l'essence de la vie. D'un lyrisme tranquille, avec un format d'images différent selon les périodes et un ton qui varie, lui aussi, Silent Friend est typiquement le genre de film en liberté qui se joue des carcans habituels du narratif cinématographique. Mais pas besoin de se raccrocher aux branches, il contient tellement de beauté, d'humanité et de sensualité qu'il ne peut que fasciner et éblouir les esprits doués pour la rêverie et ayant le goût de la poésie. C'est simple, à la fin de la projection, on aimerait entourer le film de ses bras, comme on peut le faire avec un arbre.
Dans le parc d’une université allemande, trois personnages passionnés de sciences et de plantes, vivent des situations intenses et des émotions en symbiose avec un jardin botanique et un impressionnant ginkgo biloba. Trois périodes : 1908 et la difficile entrée des femmes à l’université ; les années 70, période de liberté ; 2022, moment de confinement et de quarantaine. Des acteurs excellents, une mise en scène maîtrisée, très belle. Certaines scènes sont envoutantes. Un film à voir absolument sur grand écran. D’une durée de 2h 30, annoncé comme « contemplatif », le film tient toujours le spectateur en alerte, passant harmonieusement d’une période à l’autre. C’est délicat, intelligent, teinté d’humour. La période années 70, par sa légèreté et son marivaudage, fait penser à Rohmer. Après son remarquable « L’histoire de ma femme », sorti en 2022, Ildiko Enyedi confirme qu’elle est une réalisatrice de premier ordre.
Le héros de "Silent Friend" est un majestueux gingko biloba qui trône au milieu du parc de l'université de Marbourg dans la Hesse allemande. La réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi entrelace trois histoires qui se sont déroulées à ses pieds. La première dans le temps a lieu en 1908 lorsque la première étudiante, bravant la misogynie de l'époque, est admise à l'université. La deuxième, en 1972, voit un étudiant s'initier à la botanique et tomber follement amoureux. La troisième se déroule pendant le confinement de 2020 qui immobilise un professeur chinois en neurosciences dans le campus déserté, en compagnie d'un gardien.
La bande-annonce de "Silent Friend", diffusée ad nauseam pendant tout le mois de mars, ne m'avait pas incité à aller voir ce film. Je me demandais s'il s'agissait d'un film historique, d'un essai poétique à la Terrence Malick ou d'un documentaire new age sur l'intelligence des arbres.
En fait "Silent Friend" tient un peu des trois. Et c'est tout ce qui en fait le sel.
"Silent Friend nous plonge dans trois temporalités historiques en utilisant trois prises de vue bien différentes. Le 35mm noir et blanc d'une mate élégance pour les années 1900. Le 16mm coloré pour les seventies hippy. La froideur du numérique pour les scènes contemporaines.
Les trois histoires qu'il raconte ont en commun d'évoquer des sentiments ardents. Dans la première, Grete (Luna Wedler, prix Mastroianni du meilleur jeune espoir à la dernière Mostra de Venise) incarne l'entêtement courageux de la jeunesse face à la bêtise du monde. La deuxième contient des scènes très chastes et pourtant d'une incroyable sensualité entre Hannes (Enzo Brumm) et Gundula (Marlene Burow). La troisième a pour héros un professeur d'âge mur (on reconnaît Tony Leung, tête d'affiche en son temps du brûlant "In the Mood for Love", dont les ans n'ont pas gommé le pouvoir de séduction).
Elles ont surtout en commun cet arbre immobile et silencieux autour duquel tout gravite. Son silence, son immobilité ne doivent pas nous tromper. Car comme nous l'apprennent les derniers développements de la science, les arbres pensent, les arbres ressentent, les arbres interagissent. Tout ce fatras anthropocentriste ne me convainc qu'à moitié. J'avais émis les plus strictes réserves devant le très allemand et très populaire "L'Intelligence des arbres". Mais force m'est de ravaler mes préjugés cartésiens devant les avancées de la dendrologie.
Très décevant... sauf vous considérez que le cinéma doit avoir une fonction rééducatrice en se conformant à la doxa officielle : féminisme, rejet du patriarcat, mysticisme ecologique et bien pensance. Les acteurs sont plus vrais que la nature qui les environnent, ils peuvent fumer en compagnie de leur geranium, les gros plans sur les allemands de la nouvelle Allemagne sont superbes, revivifiant le vivre ensemble et le souci de la planète. Je me suis accroché aux branches pendant 1h40 puis je me suis effondre sur un tapis de feuilles mortes. D'où sortent les 4 étoiles de la presse, je m'interroge dans une fumée qui semble l'herbe verbe.
Un film d'auteur comme on rêve d'en avoir. Une vision unique, poétique, sensible, du vivant qui nous entoure. Le casting a beau être formidable, c'est bel et bien cet arme sublime et mystérieux qui nous émeut et nous transporte. Mention spéciale pour le petit géranium qui m'a aussi beaucoup touché. Un grand film !
Avec son fil décousu d’histoires entrelacées le film peine à nous faire entrer dans la communication extrasensorielle que les personnages établissent avec la vie végétale mais la démonstration de cette force vitale, alors même qu’elle nous dépasse, reste impressionnante
film onirique et poétique réalisé brillamment par la talentueuse illico enniidi. les trois histoires nous transportent dans un univers doux et apaisé et se superposent de façon très pertinente. la photographie est superbe avec l'usage de noir et blanc et de film 70mm. à noter les brillantes prestations de Tony leung et Luna wedler. à voir absolument
Un arbre, trois personnages et trois époques différentes. Voici le pitch - en très bref - de ce dernier film réalisé par Ildikó Enyedi. Et malgré les près de deux heures et demi d'un film qui semblait presque expérimental, je me suis quand même lancé dans l'aventure, très curieux au vu des images de la bande-annonce. Et je ne me suis pas trompé sur un point : c'est pratiquement de l'expérimentation. Et on le sait dès le début avec ce gros plan sur un bulbe donnant naissance à une plante. C'est relativement lent, contemplatif et ce plan fait appel à plusieurs de nos sens : la vue (évidemment !) et l'ouïe. Ces deux éléments vont être très essentiels à la suite du film car ce dernier ne nous apprend pas à voir mais à regarder, ainsi qu'il ne nous apprend pas à entendre mais à écouter. Alors certes, c'est de l'analyse de comptoir et j'en ai bien conscience mais c'est de cette manière que j'ai perçu ce film ; comme une expérience purement sensorielle, nous apprenant à être un peu attentif à l'espace qui nous entoure, comme ces plantes que nous considérons davantage comme des meubles que des êtres vivants à part entière. Et pour exprimer son propos, la réalisatrice ne fait pas appel qu'à des plans macroscopiques de plantes bien-sûr mais à trois personnages dont la trajectoire est réunie par un arbre particulièrement résistant au temps mais pas seulement. En effet, ces trois personnages sont également uni par un certain ostracisme dépendant du contexte de leur époque respectif. Tout d'abord, une étudiante qui est la première à être acceptée à l'université en tant que femme. Eh oui, nous sommes au début du siècle dernier, elle subit donc le sexisme ambiant, régi par un patriarcat encore très présent. Le deuxième, un étudiant de cette même université mais dans les années 70, préférant s'intéresser à un géranium qu'aux combats pseudo-militants de ses camarades qui ne le comprennent pas. Enfin, un neuroscientifique isolé à cause du COVID et dont personne ne comprend vraiment la démarche suivante : est-ce que les plantes réagissent, comme les humains ou presque, aux mêmes stimuli (ou quelque-chose dans le genre). Bref, un film passionnant sur le papier mais qui, à l'écran, demande beaucoup d'implication de la part du spectateur. Comme je l'ai dit, c'est plus de deux heures et le rythme en pâti forcément au bout d'un moment. Même si la réalisatrice m'a directement happé dans son délire, j'avoue, au bout d'un moment, avoir ressenti une certaine lassitude. Malgré tout, on pourra néanmoins souligner une excellente mise en scène qui épouse le rythme du film mais également les époques avec ces formats d'images, ce noir et blanc et ce grain qui nous transportent littéralement dans le temps. On en est même presque déçu lorsqu'on revient à l'image numérique à l'étalonnage un peu grisâtre du présent diégétique ! Bref, "Silent Friend" et loin d'être mauvais et vaut clairement le coup d’œil mais vise quand même un public de niche auquel je ne fais visiblement pas complètement partie.