Alors que la canicule fait rage à Marseille, 3 jeunes femmes sur leur balcon essayent d’attirer l’attention de leur séduisant voisin d’en face. Alors qu’elles obtiennent de passer la soirée en sa compagnie, la fête prend une tournure dramatique…
Une comédie noire et engagée comme on en voit rarement ! Les personnages haut en couleurs sont incroyablement incarnés par les trois actrices, dans un univers punk et pop sous la chaleur de Marseille. C’est une histoire d’amitié, ou comment trois jeunes femmes gèrent les conséquences d’une soirée dramatique dans un monde patriarcale.
Derrière cette histoire burlesque et morbide que met en scène Noémie Merlant, c’est un pamphlet féministe qui s’écrit. Au travers de la trame principale, mais aussi des histoires personnelles de chacune de ces femmes, c’est toute les violences sexistes et sexuelles qui sont pointées d’un doigt digne et puissant. Sans jamais s’appitoyer, le parcours surréaliste et jusqu’auboutiste de ces héroïnes modernes refléte la réalité de beaucoup de femmes. Des violences gynécologiques au viol conjugal en passant par le mainsplanning professionnel, le harcèlement de rue ou encore les agressions sexuelles, aucun sujet n’est occulté, dépeignant avec rage le quotidien des femmes de notre époque. Compagnon, voisins, gynécologues… La réalisatrice n’est certes pas tendre avec les personnages masculins, mais c’est avec une volonté cathartique et jubilatoire qu’elle à créait cet univers « manichéen ». Et c’est exactement ce que l’on en retient : Une fable féministe surréaliste avec des femmes qui font ce qu’elles peuvent pour se ré-approprier leurs corps (dénudés la plupart de temps, dans la chaleur de l’été marseillais. Et bon dieu que c’est libérateur de voir des corps simples, non sexualisés) et leur courage dans un monde où la domination masculine est omniprésente. Si j’accorde à ses détracteurs que la réalité est un peu plus complexe que ça, ça n’en reste pas moins des problèmes concrets et réels qui sont montrés.
Au coeur de l’histoire, le consentement, le renversement de la culpabilité, la manière dont les traumatismes passés nous hante… Le constat est net et sans bavure. L’omniprésence de la domination masculine est montré avec une justesse folle.
Dans la forme, le film emprunte à Hitchcock dans une scène d’ouverture qui n’est pas sans rappeler « fenêtre sur cours » où la caméra effleure la façade d’un immeuble marseillais pour nous présenter ses habitants, et à Almodovar pour le côté comédie noire, morbide et colorée à la fois. La musique à une forte présence, expressive, appuyant chaque scènes.
Je voudrais tout particulièrement souligner une superbe scène où l’actrice Souheila Yacoub tient un monologue exceptionnel sur l’explication du sexe féminin à la caisse d’un super-marché.
En résumé, je reste en pâmoison devant ce film sans concession, dont les lignes pop et les pointes d’humour aide à supporter la violence (celle visuelle bien sûr, on a quelques scènes gores, mais aussi celle de la domination masculine qui nous est présentée) et qui dessine le portrait d’une féminité moderne, flamboyante et courageuse. Un vrai vent de fraîcheur engagée et puissant. La seule question que je me pose est : Comment mais-je fait pour passer à côté ???