Machtat
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traversay1

4 524 abonnés 5 439 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 1 juillet 2023
Sélection Acid de 2023, Machtat est le deuxième long-métrage de la cinéaste franco-tunisienne Sonia Ben Slama. Nous voici d'emblée aux côtés de trois femmes, dans une petite ville tunisienne, musiciennes traditionnelles spécialisées dans les mariages. Les scènes festives et colorées alternent avec d'autres qui le sont largement moins, décrivant la vie quotidienne de cette mère et de ses deux filles, en particulier aux prises avec la gent masculine, un mari violent pour l'une, dont elle cherche à se séparer ; un prétendant pour l'autre, qui est divorcée. Malheureusement, le film se contente d'enregistrer leur existence au jour le jour, sans exprimer de réel point de vue, faute d'un sujet, le pouvoir patriarcal, exploré plus avant et avec une vraie profondeur. Se pose la question d'une vision beaucoup trop neutre et du caractère spontané ou artificiel des échanges touchant à l'intime, le restant du film, soit les mariages, n'ayant d'autre intention que de donner à voir des costumes chatoyants et à entendre des musiques entraînantes. Machtat manque d'ambition et d'éclat mais surtout d'un regard original ou engagé, susceptible de nous donner un minimum d'émotions.
Olivier Barlet
Olivier Barlet

330 abonnés 447 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 juin 2023
Les Machtat sont ces chanteuses musiciennes qui animent les fêtes de mariages traditionnels dans la région de Mahdia, port de pêche situé entre Sousse et Sfax. Leurs incantations invoquent les poissons pour contrer le mauvais oeil. L’enjeu est ici de permettre à chacune de ces femmes très soudées d’exister dans sa complexité : Fatma, la mère, et ses deux filles – Najeh, mère divorcée qui pour échapper à ses frères désespère de se remarier avec un homme connu sur un site de rencontre et qui tout le temps se dérobe, et Waffeh, qui quitte avec ses enfants son mari violent pour se réfugier chez sa soeur.
Leurs chansons parlent d’amour mais dans leur vie, c’est la désillusion. Les hommes sont absents de l’écran mais omniprésents dans les conversations et les romances vues à la télé. En dehors du mariage, pas de salut… Sonia Ben Slama se garde bien de porter un jugement. Si la réalisatrice n’envahit pas l’écran, sa présence est sensible car le film est construit sur la rencontre. De la salle de mariage à l’étroit appartement, la caméra n’observe pas : elle partage. Elle est souvent incertaine ou décadrée mais qu’importe : elle participe. Elle n’occupe pas le terrain, elle cherche sa place, elle prend part.
C’est ainsi que se construit pour nous la voie royale d’une relation. Il était frappant de voir à Cannes que toute l’équipe est féminine. Ce film de femmes sur les femmes est bâti sur la proximité et le contact. Il prend le temps de l’écoute et capte ainsi la complexité du sensible. La transe finale de Najeh débouche sur l’épuisement : rien n’est simple, tout est toujours à recommencer.
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