Dernier chien pour Soo-Ahn
Ah, Kim Soo-Ahn… Difficile d’oublier ses larmes dans Dernier train pour Busan, qui avaient brisé le cœur du papa que je suis. Quelques années plus tard, la revoilà dans Project Silence, un film catastrophe où elle reprend un rôle aux accents similaires, dans un tout autre chaos.
Réalisé par Kim Tae-Gon, Project Silence aligne tous les ingrédients classiques du genre : un brouillard étouffant, un pont suspendu menaçant de s’effondrer, des chiens génétiquement modifiés devenus armes de guerre, et bien sûr, un groupe de survivants luttant pour ne pas finir en charpie. Le décor est planté, le potentiel est là.
Mais très vite, le film trébuche. La présentation des personnages est balourde, forcée, et surtout, aucun d’eux ne parvient à susciter un vrai attachement. Tous manquent de folie, de relief, de cette étincelle qui pourrait les rendre mémorables. Même les chiens, élément central du film, sont durs à accepter tant la CGI ne leur rend pas hommage, dans leur apparence et leurs mouvements. Seul le dépanneur, à la fois décalé et attachant, accompagné de son minuscule chien stoïque, apporte une touche de dérision bienvenue. Il incarne l'esquisse d'un vrai parti pris décomplexé, et par là même, une direction que le film aurait gagné à suivre.
Car c’est bien là le principal reproche : Project Silence ne choisit jamais son camp. Il reste coincé dans un entre-deux frustrant. Avec ses chiens tueurs et ses situations extrêmes, il aurait pu embrasser à fond le délire de la série B, en assumant gore, tension et second degré. À l’inverse, il aurait aussi pu tendre vers un drame catastrophe poignant, à la manière d’un Dernier train pour Busan, en creusant les relations humaines et en jouant sur l’urgence émotionnelle. Mais il ne fait ni l’un ni l’autre. La relation père-fille, pourtant centrale, reste à peine esquissée, jamais assez développée pour qu’on tremble pour eux.
On ne s’ennuie pas, certes. Le film se suit sans déplaisir, et quelques scènes, notamment au début de la catastrophe, offrent de jolis moments de tension ou de mise en scène. Mais on ne vibre jamais vraiment. Pas de peur viscérale, pas d’émotion sincère, pas de vrai éclat de rire non plus. Un peu tiède sur tous les fronts.
En refusant de trancher entre la série B décomplexée et le drame humain intense, Project Silence reste dans un no man's land cinématographique : ni fun, ni poignant, ni terrifiant. Et c’est bien dommage, car tout y était.