Une histoire d’amour rare, bouleversante, nécessaire. Un film bouleversant !
Le Fruit défendu, titre français certes poétique mais qui passe à côté de l’essentiel — Liuben, le titre original, aurait été plus juste — est bien plus qu’une simple romance. C’est un film profondément humain, au croisement de multiples blessures : exil, racisme, précarité, corruption, culpabilité... Et au cœur de tout cela, une histoire d’amour entre deux jeunes hommes, aussi improbable que lumineuse, aussi fragile que vitale.
Victor revient en Bulgarie pour les funérailles de son grand-père. Il y rencontre Liuben, adolescent rom orphelin, livré à lui-même. De cette rencontre naît une relation qui défie les frontières sociales, ethniques, et morales. Le film n’explique pas : il montre. Et c’est ce qui le rend si puissant. Leur lien est à la fois tendre, pudique, et d’une intensité rare. On ne tombe pas ici dans la romance formatée ou la provocation. C’est un amour LGBTQ+ incarné, cru parfois, mais jamais mis en spectacle.
Le film explore aussi, en filigrane, l’amour inconditionnel d’un père — celui que Victor développe pour Liuben, mais aussi celui de son propre père, figure poignante d’acceptation et de soutien silencieux. Ce double regard paternel donne au film une gravité émotive bouleversante.
Et puis, il y a tout ce qui entoure cet amour : la traite d’êtres humains, la vente de bébés, le racisme anti-Rom, les institutions corrompues ou impuissantes. C’est un monde cassé que le réalisateur nous montre, mais sans complaisance. Ce n’est jamais misérabiliste. C’est humain, brut, nu.
Un film dont on sort ému aux larmes, avec la sensation d’avoir vu quelque chose de rare : un récit d’amour entre hommes qui ne revendique rien, mais révèle tout — ce qu’il en coûte d’aimer, ce qu’il reste d’espoir, et ce que cela dit de nous.
Un film nécessaire. Un film vrai.