Mirros No3, ou Comment mourir de drame sans vraiment mourir:
Si le cinéma est un miroir tendu vers la vie, alors Mirros No3 ressemble plutôt à l’un de ces miroirs d’une fête foraine provinciale défraîchie : déformant, vacillant, et laissant planer le soupçon que l’opérateur s’est enfui avec votre argent.
Le Mirros No3 de Petzhold arrive enveloppé de mystère.
Son titre seul évoque des labyrinthes de reflets, des secrets terribles, peut-être une chambre gothique où la vérité se brise comme du verre.
On entre dans la salle prêt à affronter l’horreur, le scandale, quelque chose de si impur qu’aucun lavage n’en viendra à bout.
Et puis… on découvre un drame familial.
Oui, il y a une mort, oui, il y a un traumatisme — mais Petzhold les traite comme une institutrice sévère qui confisque les bonbons juste avant la récréation.
Le scandale n’arrive jamais. À la place, nous restons attablés devant le deuil, en compagnie de proches qui parlent par ellipses, boivent de l’eau minérale avec une intensité quasi mystique, et se fixent du regard comme hypnotisés par des lampes Ikea.
Le plat principal est, bien sûr, Barbara Auer.
Excellente actrice, qui semble ici guidée par une direction d’acteurs issue de l’école du : « Encore ! Plus fort ! Imagine que tu es Médée, même quand tu demandes la télécommande ! »
Elle tempête, tremble, rugit avec la puissance d’une soprano wagnérienne, apportant une fureur opératique à un rôle qui ne demandait, au mieux, qu’un soupir résigné.
L’effet est si théâtral qu’on s’attend presque à voir apparaître des surtitres en bas de l’écran.
Déplacée ? Hors de son orbite. Ce n’est plus du jeu : c’est un événement cosmique.
Et puis, flottant dans le champ comme une loi de gravité cinématographique : Paula Beer.
La voici de nouveau — comme dans environ 75 % de toutes les productions allemandes contemporaines.
Beer est devenue la prise universelle de l’actrice allemande : elle incarne tout personnage féminin âgé de 18 à 80 ans.
Fille ? Beer.
Mère ? Beer.
Grand-mère arthritique gardant un jardin secret ? Beer, avec un châle.
Elle est omniprésente, la sainte patronne de la mélancolie germanique.
Dans Mirros No3, elle traverse les plans comme un papier peint — un très beau papier peint, certes, mais du papier peint tout de même.
Alors, que se passe-t-il quand on mélange le mélodrame tonitruant d’Auer, l’ubiquité inévitable de Beer et le scénario aride de Petzhold ?
On obtient un film qui promet un secret inavouable et livre à la place un mélodrame familial réchauffé des restes de la semaine passée.
Une mort, un traumatisme, une table couverte de silences tendus — et un jeu d’acteurs si excessif qu’il en fait trembler le projecteur.
Au fond, Mirros No3 n’est pas tant un film qu’un miroir tendu vers le cinéma allemand lui-même : fêlé, théâtral, uniformément aromatisé à la Beer, et désespérément privé de scandale.
On s’attend au péché et aux squelettes dans le placard, et l’on repart avec un chagrin tiède servi dans des tasses en porcelaine.
Étrange, oui.
Amusant — involontairement, surtout.