Il règne du début à la fin de ce film un climat de mystère, les non dits créent une ambiance étrange, comme une tension qui n’est jamais vraiment levée. J’ai un souvenir merveilleux de Barbara, un bon souvenir du ciel rouge… je ne sais pas quel souvenir je conserverai de celui-ci.
film étrange. On est à la fois envouté par la mise en scène, les images et le jeu des acteurs qui créent une ambiance assez subtile presque irréelle et à la fin à la recherche d'une explication pour comprendre l’héroïne : désespérée ou insensible ?
Une jeune étudiante berlinoise est attendue par son ami pour partir rejoindre un autre couple. Elle traîne sous un pont son mal être avant de le rejoindre. Il s’impatiente, il faut partir. Une fois sur place, elle veut s’en aller. Il tente de la raccompagner à la gare à toute vitesse dans une décapotable rouge.
Le grain et la colorimétrie de l’image sont particuliers, un brin suranné. Une lumière chaude s’en dégage qui tranche avec les postures un peu raides des personnages. On pourrait parfois les croire échappés d’un film de Kaurismaki. Laura semble posée dans le décor, un peu étrangère au monde qui l’entoure.
Dans les films du réalisateur allemand, la quête d’identité reste un thème récurrent. Il retrouve toujours sa famille de cinéma, qui certainement imprègne l’ambiance de ses films et leur donne une écriture singulière. Deux actrices traversent sa filmographie. Ses premiers films avec Nina Hoss (Barbara, Phoenix) et aujourd’hui Paula Beer (Transit, Ondine, Le ciel rouge et Miroirs N°.3).
Un ami qui se reconnaîtra a écrit récemment dans l’attente de la sortie du film - « Le vent glacé de ces contes passe souvent en allusion dans ses films, comme d'ailleurs fantômes, dragons, doubles maléfiques ou autres vampires sans image. » -. C’est encore ici très juste. Betty en croisant le regard de la jeune femme qui passe devant chez elle à vive allure, semble la choisir, la happer de ses yeux, avant d’aller la recueillir. Elle lui fera partager une histoire de Tom Sawyer au sens propre comme au sens figuré, indispensable à la restauration de la clôture qu’elles vont peindre ensemble tout comme à celle des deux femmes. L’étrangeté fait partie du cinéma de Petzold, mais une étrangeté très subtile, un infime décalage avec ce qui pourrait être la réalité. Le film est tout sauf linéaire. Tel le cavalier du soir, cette bestiole du désert a mi-chemin entre l’araignée et le scorpion, qui marche si vite dans une direction et en change tout aussi rapidement à 90°. C’est un peu le mouvement du film. L’intrigue nous emmène quelque part, et un élément perturbateur fait changer complètement l’évolution de l’histoire des personnages. C’est fascinant tant le résultat est fluide dans la reconstruction de chacun des êtres de cette famille brisée à celle de la jeune pianiste.
Quant au titre, les mélomanes reconnaîtront le morceau de musique de Maurice Ravel qui est joué à plusieurs reprises dans cette merveilleuse toile de cinéma.
Miroirs N°.3 (All. 1h26) de Christian Petzold avec par Philip Froissant, Paula Beer et Barbara Auer
Miroirs n°3 est à la fois un conte de fées tragique et un poème sur la résilience. D’une élégance rare, il unit émotion et rigueur, chair et pensée. Petzold s’y affirme, plus que jamais, comme un maître du cinéma européen contemporain. Il filme les fantômes sans les exorciser.
Une ambiance calme mais prenante, des regards, des émotions, la sensibilité à chaque instant... C'est joli, bien filmé... Je regrette juste spoiler: la fin bâclée Mais que c'est intéressant le cinéma allemand !
Mirros No3, ou Comment mourir de drame sans vraiment mourir: Si le cinéma est un miroir tendu vers la vie, alors Mirros No3 ressemble plutôt à l’un de ces miroirs d’une fête foraine provinciale défraîchie : déformant, vacillant, et laissant planer le soupçon que l’opérateur s’est enfui avec votre argent. Le Mirros No3 de Petzhold arrive enveloppé de mystère. Son titre seul évoque des labyrinthes de reflets, des secrets terribles, peut-être une chambre gothique où la vérité se brise comme du verre. On entre dans la salle prêt à affronter l’horreur, le scandale, quelque chose de si impur qu’aucun lavage n’en viendra à bout. Et puis… on découvre un drame familial. Oui, il y a une mort, oui, il y a un traumatisme — mais Petzhold les traite comme une institutrice sévère qui confisque les bonbons juste avant la récréation. Le scandale n’arrive jamais. À la place, nous restons attablés devant le deuil, en compagnie de proches qui parlent par ellipses, boivent de l’eau minérale avec une intensité quasi mystique, et se fixent du regard comme hypnotisés par des lampes Ikea. Le plat principal est, bien sûr, Barbara Auer. Excellente actrice, qui semble ici guidée par une direction d’acteurs issue de l’école du : « Encore ! Plus fort ! Imagine que tu es Médée, même quand tu demandes la télécommande ! » Elle tempête, tremble, rugit avec la puissance d’une soprano wagnérienne, apportant une fureur opératique à un rôle qui ne demandait, au mieux, qu’un soupir résigné. L’effet est si théâtral qu’on s’attend presque à voir apparaître des surtitres en bas de l’écran. Déplacée ? Hors de son orbite. Ce n’est plus du jeu : c’est un événement cosmique. Et puis, flottant dans le champ comme une loi de gravité cinématographique : Paula Beer. La voici de nouveau — comme dans environ 75 % de toutes les productions allemandes contemporaines. Beer est devenue la prise universelle de l’actrice allemande : elle incarne tout personnage féminin âgé de 18 à 80 ans. Fille ? Beer. Mère ? Beer. Grand-mère arthritique gardant un jardin secret ? Beer, avec un châle. Elle est omniprésente, la sainte patronne de la mélancolie germanique. Dans Mirros No3, elle traverse les plans comme un papier peint — un très beau papier peint, certes, mais du papier peint tout de même. Alors, que se passe-t-il quand on mélange le mélodrame tonitruant d’Auer, l’ubiquité inévitable de Beer et le scénario aride de Petzhold ? On obtient un film qui promet un secret inavouable et livre à la place un mélodrame familial réchauffé des restes de la semaine passée. Une mort, un traumatisme, une table couverte de silences tendus — et un jeu d’acteurs si excessif qu’il en fait trembler le projecteur. Au fond, Mirros No3 n’est pas tant un film qu’un miroir tendu vers le cinéma allemand lui-même : fêlé, théâtral, uniformément aromatisé à la Beer, et désespérément privé de scandale. On s’attend au péché et aux squelettes dans le placard, et l’on repart avec un chagrin tiède servi dans des tasses en porcelaine. Étrange, oui. Amusant — involontairement, surtout.
Ce film fait évidemment tout de suite penser à The Unbelivable Truth de Hal Hartley. Même mood, personnages étranges mais attachants, surprises, ... Bravo, c'est très poétique et réussi. Les acteurs sont remarquables d'authenticité.
La délicieuse ,et trop rare en France, Paula Beer, est épatante en fille déboussolée qui cherche une famille d’accueil, qu’elle va trouver dans une maison bien trop tranquille. Histoire dramatique mais très bien jouée .
Très belle prestation de Paula Beer (Laura), étudiante en musique, qui se retrouve dans la famille de Betty et qui va découvrir leur histoire familiale passée qui avait été enfouie jusqu’alors.
Rapidement on comprend que se joue ici un rapprochement qui comble des manques : Laura, une trentenaire en mal de parents et Betty, une quinquagénaire en mal de sa fille décédée. Un scénario abracadabrant permet aux deux femmes de se rencontrer… on se croirait dans une fable. Au début c’est merveilleux, belle synergie entre des personnes en manque de quelque chose. mais très rapidement le vrai sujet du film apparait,spoiler: la possessivité maternelle. Elle impose tout, à ses deux hommes (mari et fils) qui vivent un peu plus loin dans le village, à cette jeune femme qu’elle accueille. Autoritaire en gant de velours et perverse ingénue. Les désirs de l’autre n’entrent pas dans son schéma de pensée.
Alors qu’elle a clairement rompu avec cette famille “d’accueil”, la jeune femme, pianiste émérite, passe une audition publique qui engage son avenir : la mère s’impose à l’audition, avec ses deux hommes. Clairement un refus de prise en compte de l’autre, une volonté d’emprise et la totale négligence du risque de déstabiliser.
Le pire est que la jeune se pliera finalement aux désirs de cette femme. Il est des servitudes volontaires…