Véritable hommage à l'Oklahoma, à ses habitants et ses traditions, c'est un film parlant d'artisan, et fabriqué de manière artisanale, mettant en scène cette fable musicale, où la culture du sol et agricole deviennent un langage, celui sur la transmission, ludique et pédagogique, celui de l'enseignement et du sentiment, par l'intégrité et la bonté.
Le réalisateur fait preuve d'une grande générosité et d'une habilité certaine à mélanger les genres, et à les fondre les uns aux autres, où chaque situation, chaque personnage peut être perçu de différentes manières, comme celle qui distingue les règles conçues par les hommes et pour les hommes, et les lois de la nature, végétale et animale, qui n'intègrent pas la morale. Ce sont les codes établis de l'hypocrisie, qui décident de la justice et des sacrifices, un système de marché, de propriété, compétitif et attractif, où tout est mesurable et imposable, le capitalisme qui est en opposition à cet écosystème basé sur l'harmonie, fondé et fécondé par le croisement, le mouvement décentralisé et auto-organisé, et où les ressources sont partagées, sans être dirigé.
Le récit parvient à enchevêtrer à la fois la vision du paradis perdu, d'un mode de vie idéalisé qui est menacé, de la nature face à l'industrialisation, mais aussi la place des femmes, et des natifs qui continuent de vivre sur leur terre d'origine comme des parias, des expropriés.
La seconde moitié prend à revers les attentes, en offrant non pas un affrontement de violence, mais au contraire, une méthodologie de la patience, et qui, comme sur un échiquier de lucidité, observe et se nourrit de son environnement, reprenant, et redécouvrant, lentement mais surement avec le temps, son identité et sa légitimité.
Il y a cette dualité entre les deux hommes, et les deux femmes qui les accompagnent, le fait de dominer ou d'apprivoiser, l'homicide et les pesticides, la royauté et la liberté. On peut avoir cette peur d'être remplacé, de manière impitoyable et implacable, comme un passé qui revient nous hanter, mais on peut aussi le voir comme une incitation à s'interroger sur la fonction et le fonctionnement des communautés, des sociétés, ancienne et nouvelle, ainsi que sur l'humain et l'humanité, dans ce qu'elle a de pire et de meilleur.
Entre le burlesque et la fresque rurale et familiale, c'est une œuvre singulière, à la fois déjantée et insensée, tout en étant posée et ancrée, avec cette galerie de personnages, tous caractérisés par un plat ou un instrument, comme différentes pièces d'un puzzle, différentes histoires et mémoires qui vont se réunir autour de la table du partage, montrant la richesse dans l'anodin du quotidien, et comment chaque note va se rassembler et former une mélodie joyeuse et lumineuse.
D'un autre côté, malgré quelques folies de montage et sa poésie des paysages, le film peut être déconcertant par ses variétés de genre, ne parvenant pas toujours à capter les intentions du réalisateur, et dont la lenteur peut finir par diluer l'intérêt.
La seconde moitié semblera plus convenue avec ce personnage qui change de tonalité, avec férocité, même cruauté, tout en établissant une romance prévisible, qui peut donner l'impression de ne pas être raccord avec la timidité et l'introversion de la première partie, qui abuse un peu trop des plans sur le sourire, forcée parfois, et qui finit par devenir mièvre et mielleuse.
Peut-être également que les métaphores sont un peu trop limpides, trop perceptibles, bien qu'elles semblent revêtir plusieurs aspects, comme ce personnage solaire qui semble laisser le spectateur dans le désarroi et l'ennui, mais qui peut aussi être perçu comme le vol lui-même. Il y a par ailleurs quelques parallèles avec d'autres films, comme The Dog Star, L'Odyssée, et The Revenant.
Intéressé pour débattre autour de la structure de cette ruche et de ses abeilles ? Venez découvrir qui sont les rois et les reines de cette aube nouvelle : senscritique . com/Illusionperdue