Gourmandise cinéphilique
A 56 ans, le cinéma de Wes Anderson est toujours aussi déjanté. Depuis 2001 et La famille Tenenbaum, je suis assidûment la carrière de ce cinéaste pas comme les autres qui, à travers des films comme Moonrise Kingdom, The grand Budapest hôtel, The french Dispatch a mis en place un univers personnel et une esthétique si particulière qu’elle ne ressemble à personne d’autres. 1950. Anatole "Zsa-zsa" Korda, industriel énigmatique parmi les hommes les plus riches d’Europe, survit à une nouvelle tentative d’assassinat (son sixième accident d’avion). Ses activités commerciales aux multiples ramifications, complexes à l’extrême et d’une redoutable brutalité, ont fait de lui la cible non seulement de ses concurrents, mais aussi de gouvernements de toutes tendances idéologiques à travers le monde – et, par conséquent, des tueurs à gages qu’ils emploient. Korda est aujourd’hui engagé dans la phase ultime d’un projet aussi ambitieux que déterminant pour sa carrière : le Projet Korda d’infrastructure maritime et terrestre de Phénicie, vaste opération d’exploitation d’une région depuis longtemps laissée à l’abandon, mais au potentiel immense. Le risque financier personnel est désormais vertigineux. Les menaces contre sa vie, constantes. C’est à ce moment précis qu’il décide de nommer et de former sa successeure : Liesl, sa fille de vingt ans (aujourd’hui nonne), qu’il a perdue de vue depuis plusieurs anné minutes de ce qui ressemble à un immense n’importe quoi qui, personnellement, m’enchante.
Il est loin le temps où le cinéma de Wes Anderson faisait l’unanimité critique, et arrivait même à remplir facilement les salles de cinéma… surtout en Europe. Acceptons tout de suite que ce dernier opus se révèle aussi clivant que ses deux prédécesseurs : soit on aime l’inventivité folle des histoires, la vigueur farfelue des personnages, les idées stupéfiantes de mise en scène et de décors, soit on déteste les histoires aberrantes, le sentiment d’assister derrière une vitre à une vaste private joke parfaitement irritant où le réalisateur s’amuse surtout avec ses amis et acteurs, acceptant au passage l’absence croissante d’émotion. Comme s’il prenait un malin plaisir à fonctionner en vase clos, se moquait de ce que l’on pense de ses films, et essayait à chaque fois de pousser ses expérimentations toujours plus loin. Mais, après tout, que disait-on il y a 50 ans du cinéma de Fellini ? Wes Anderson s’amuse avec ses jouets, comme un enfant gâté, - il adore les casser -, et, reste fidèle aux codes visuels de la BD « ligne claire » - Tintin n’est jamais loin… -, sans jamais oublier de célébrer la famille tout en en déplorant la violence et les horreurs. Il introduit pourtant quelque chose de nouveau et d’assez saisissant dans son univers : la reconnaissance de la violence du monde, et du rôle incontournable du capitalisme dans la génération de cette violence. Son héros, escroc flamboyant, obnubilé par son projet - transformer la Phénicie pour ne pas dire le Liban – en pays moderne et opulent -, est pourtant en train de passer à autre chose : se créer une petite famille où l’on ne se haïrait plus, mais on s’aimerait vraiment. Pour l’instant, boudé par la critique et le public, il est bien possible que, avec les années, ce The Phoenician Scheme soit réévalué au sein de l’œuvre de Wes Anderson. Mais en tout cas, nous aurons, moi, j’ai passé un excellent moment.
Lautre force d’Anderson, ce sont ses castings. Celui-ci est plus flamboyant que jamais. Benicio Del Toro, - énoooorme -, Mia Threapleton, - la fille de Kate Winslet… une révélation -, Michael Cera, mais aussi pléthore de stars qui viennent jouer de petits rôles, voire les utilités, comme Riz Ahmed, Scarlett Johansson, Tom Hanks, Mathieu Amalric, Benedict Cumberbatch, Alex Jennings, Bill Murray, Bryan Cranston, pour le plaisir de tourner avec l’incroyable Wes Anderson. La – ou plutôt les musiques sont signées par Alexandre Desplat, mais aussi Stravinsky, Ravel, Bach. Un régal Quant aux toiles de maîtres, Magritte, Renoir etc. ce sont des originaux prêtés par les plus grands musées du monde !!! Wes Anderson est fou, son cinéma aussi et, bon sang, une peu de folie douce fait tellement de bien dans ce monde glaçant et formaté.