Nous déroulant le récit de Pansy, une femme hantée par un traumatisme familial et s'étant enfermée dans une forme de colère et de rejet vis-à-vis du monde qui l'entoure (même sa propre famille) comme seule réponse à ce même traumatisme, Leigh veut visiblement nous parler de la difficulté de faire son deuil.
Le souci, pour moi, c'est d'illustrer cela à travers le portrait d'un personnage véritablement antipathique et misanthrope, odieuse envers ses proches (à l'image de son mari déprimé et de son fils mutique, avec lesquels tout échange verbal apaisé est inexistant, créant une distance irréparable entre les trois) et dans une confrontation perpétuelle avec toutes les personnes dont elle croise la route.
Un personnage souvent insupportable, auquel je n'ai clairement pas pu m'attacher (et ce malgré une interprétation très investie de Marianne Jean-Baptiste), et ce à l'intérieur d'une narration trop redondante (en particulier dans sa première moitié), ressemblant trop souvent à une simple succession de scénettes n'ayant pas forcément de lien entre elles.
Et quand, au milieu du film, nous est révélé la raison de ce comportement erratique, de ce mal-être qui la ronge, il est déjà trop tard pour moi pour ressentir de la compassion envers Pansy (au contraire de sa sœur Chantelle, qui ne la comprend pas, mais l'aime malgré tout).
Nous avons toutes et tous des failles et des blessures intimes en nous, mais cela nous donne-t-il le droit de nous comporter de manière aussi dure et rabaissante avec nos proches, jusqu'à les rendre aussi malheureux que nous ? Pas à mes yeux.
Je comprends qu'il s'agit clairement d'un parti-pris de la part du cinéaste, mais celui-ci n'a pas pris sur moi.
Au contraire par exemple de Walt Kowalski dans «Gran Torino», ici, Pansy ne semble jamais évolué au cours du récit et s'enfermer (et nous enfermer par la même occasion) dans ce comportement toxique et délétère, ce qui n'est pas des plus plaisant.
Un drame fermé sur lui-même, et ne s'ouvrant que très rarement pour mieux se refermer derrière. Un film qui, sous la carapace très épaisse de la colère, ne laisse que très peu de place à l'humain se cachant en-dessous.
Une histoire à la conclusion qui n'en est pas vraiment une (comme une sorte de prison dont on ne pourra jamais trouver la clé), et une œuvre trop austère et plombante dans laquelle je ne me suis jamais vraiment senti impliqué et dont la protagoniste principale, agressive et paranoïaque, faisant subir aux autres ce qu'elle ne veut pas qu'on lui fasse subir, ne m'a clairement pas fait rentrer en empathie avec elle, son sort me laissant assez indifférent, au contraire de son mari et de son fils.
Bref, le genre de cinéma assez déprimant qui ne correspond pas vraiment à ma vision des choses concernant la douleur et la résilience, d'où une distance certaine avec ce film.