Le mal de la chute
Valéry Carnoy est belge et c’est son 1er film. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ces 94 minutes sont une réussite. Dans un internat sportif, Camille, un jeune boxeur virtuose, est sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami Matteo. Alors que les médecins le pensent guéri, une douleur inexpliquée l’envahit peu à peu, jusqu’à remettre en question ses rêves de grandeur. Cette autopsie d’une chute est absolument passionnante et portée par un casting de jeunes très prometteurs. Une très belle découverte.
Dans ce drame sportif, le cinéaste analyse l’instant fragile où tout bascule dans une vie. Ici, en l’occurrence dans la vie d’un jeune sportif de haut niveau plus que prometteur. Le cinéaste ne filme pas les séquelles irréversibles de l’accident. Ce qui l’intéresse, ce sont ces états psychiques et poétiques, ces suspensions nerveuses qui, silencieusement, infléchissent une trajectoire, a priori, toute tracée. On suit pas à pas la métamorphose du héros à travers le récit d’une initiation au changement, à cette perturbation intérieure que le trauma révèle. Cette transformation est maintenue tout au long du film, d’une énergie subtile et tendue, portée par une mise en scène tour à tour vigoureuse et délicate, naturaliste et poétique. Mais voilà, dans l’univers normé de la compétition, les souffrances névrotiques n’ont pas leur place…
Second fils de Jérôme Kircher et Irène Jacob et donc frère de Paul, le jeune Samuel Kircher, après L’été dernier et L’engloutie, confirme qu’il a plus que du talent. A ses côté, Faycal Anaflous, Jef Cuppens, Anna Heckel, Jean-Baptiste Durand, Raphaël Thiéry, sont tous parfaits. Un film plein de grâce qui oscille entre entre élan vital et fragilité d’être. La mise en scène, sans effets appuyés, accompagne la mutation du jeune garçon en opposant la frontalité du ring à des espaces plus incertains, où les corps et les âmes échappent aux cadres. A voir.