Après avoir vu deux fois Ollie en salles dont une première fois au Festival du film francophone d'Angoulême et une seconde fois dans le cadre d'une avant-première / projection privée à l'exposition Skateboard Culture, je peux affirmer que ce film est une œuvre qui mérite d’être vécue en salle. Antoine Besse réussit ici à capturer une sensibilité rare et touchante, en s’attachant à des personnages complexes et à une réalité souvent délaissée par le cinéma : celle de la vie à la campagne. Mais c’est aussi, avant tout, un film qui parle de l’amour du skate
Au cœur du film, la dynamique entre Bertrand (alias Béber) et Pierre est particulièrement émouvante. Bertrand, un jeune adulte, traîne dans une vie qui semble l’avoir éloigné de ses rêves – raves, drogues, désillusion. Face à lui, Pierre, un garçon de 13 ans qui subit l’intimidation au collège, apparaît comme une figure d’espoir et d’innocence. Leur relation se construit autour du skate, mais elle va bien au-delà d’un simple passe-temps partagé.
Béber enseigne à Pierre l’art du skate, et on sent à chaque moment qu’il y trouve une forme de rédemption. À travers ces leçons, Bertrand redécouvre la joie qu’il avait autrefois en partageant des moments avec ses propres amis skateurs. Ce qui rend leur lien encore plus puissant, c’est que Bertrand est inspiré d’une personne qui a réellement existé. Cette ancre dans la réalité confère au film une intensité et une authenticité qui amplifient son impact émotionnel. On ne regarde pas seulement une fiction ; on ressent la vibration d’une histoire vécue. Le personnage de Béber résonne avec une certaine universalité. Tout le monde ayant vécu à la campagne a probablement croisé quelqu’un comme lui : une figure un peu marginale, marquée par des choix de vie difficiles, mais aussi incroyablement humaine, chaleureuse et porteuse d’un certain charisme. Béber est un miroir d’une réalité bien connue, que le film traite avec beaucoup de respect et de justesse.
Le film brille également par son interprétation. Théo Christine, dans le rôle de Bertrand, livre une prestation impressionnante. Il parvient à donner une profondeur touchante à ce personnage complexe, en équilibre entre désespoir et espoir retrouvé. Sa performance transmet avec justesse les blessures et les aspirations de Bertrand, rendant ce parcours de rédemption d’autant plus crédible et poignant. Face à lui, Kristen Brillon, qui incarne Pierre, est une révélation. Venant du monde du skate plutôt que de la comédie, il surprend par sa sincérité, sa naïveté et sa présence à l’écran. Son naturel apporte une dimension brute et authentique à Pierre, renforçant l’immersion du spectateur dans cette relation mentor-apprenti. Leur alchimie à l’écran est l’une des grandes réussites du film.
Ollie a aussi le mérite de donner la parole à des personnages rarement représentés à l’écran : les habitants des zones rurales. Contrairement aux clichés qui les réduisent souvent à des caricatures, Antoine Besse montre ici une campagne pleine de vie, de rêves, mais aussi de désenchantements. La représentation est authentique, montrant leurs luttes, comme celles des agriculteurs confrontés à des injustices organisant des grèves pour se faire entendre.
L’une des forces du film est son ton profondément humain. La transformation de Bertrand à travers sa relation avec Pierre est subtile mais puissante. Le plaisir qu’il prend à transmettre son savoir, ses souvenirs et son énergie à un jeune garçon en quête de confiance est magnifiquement filmé.
En résumé, Ollie est une œuvre qui mérite d’être découverte en salles. Un film qui parle d’humanité, de transmission et du pouvoir des passions, sublimé par des performances d’acteurs remarquables, avec Théo Christine et Kristen qui marquent les esprits.