Pascal Plante signe ici un thriller fascinant, oscillant entre une atmosphère oppressante et une étude clinique de l’obsession. Loin des schémas classiques du film de procès, Les Chambres rouges prend un parti audacieux : celui de l’ambiguïté. En suivant Kelly-Anne, une jeune femme hantée par le procès d’un tueur en série, le film explore la fine ligne entre la curiosité morbide et l’obsession maladive, sans jamais tomber dans le sensationnalisme facile.
Dès les premières scènes, la mise en scène captive. Plante adopte un style froid et minimaliste, renforçant la sensation de malaise grandissant. Chaque cadre est composé avec une rigueur chirurgicale, où le moindre détail semble pesé pour accentuer l’inquiétante lenteur du récit. La photographie de Vincent Biron sublime cette approche, jouant sur des contrastes subtils entre des espaces aseptisés et des zones d’ombre où se cache l’indicible.
Juliette Gariépy porte le film sur ses épaules avec une performance tout en nuances. Son interprétation de Kelly-Anne est d’une complexité saisissante : ni héroïne, ni anti-héroïne, elle intrigue autant qu’elle dérange. À ses côtés, Maxwell McCabe-Lokos incarne un Ludovic Chevalier glaçant, dont la présence à l’écran, bien que mesurée, suffit à instaurer une tension palpable.
Le film brille dans sa capacité à maintenir un malaise constant. Plante évite les clichés du genre et préfère distiller une tension diffuse, presque imperceptible, qui s’infiltre progressivement sous la peau du spectateur. Pourtant, cette approche a aussi ses limites : certains passages s’étirent en longueur, ralentissant le rythme et diluant l’intensité du récit. À vouloir trop miser sur la retenue, Les Chambres rouges frôle parfois la froideur excessive, empêchant une immersion totale.
Le scénario, bien que solide, laisse volontairement des zones d’ombre qui peuvent frustrer. L’étude psychologique est maîtrisée, mais elle ne pousse pas toujours son propos jusqu’au bout, laissant une sensation d’inachevé. C’est un choix artistique, qui renforcera chez certains le sentiment d’un film intelligent et subtil, tandis que d’autres y verront un manque d’aboutissement.
En somme, Les Chambres rouges est une œuvre intrigante, portée par une atmosphère troublante et une mise en scène d’une précision remarquable. Si le film parvient à captiver par sa maîtrise formelle et ses performances d’acteurs, il souffre également d’un rythme inégal et d’une distance émotionnelle qui limitent son impact. Une expérience cinématographique singulière, qui marquera sans doute les esprits, mais qui aurait pu aller encore plus loin pour véritablement s’imposer comme un incontournable du genre.