Voilà typiquement le genre de film qui ne parlera pas forcément à tout le monde mais auquel j'ai totalement adhéré et que j'aime qualifier de "grand petit film".
Il suit Nour, qui a émigré clandestinement à Marseille, au début des années 90, sur une période de dix ans. À la fois un récit d'apprentissage et une chronique de l’exil qui raconte l’errance, la débrouille, la peur de l’expulsion, mais aussi les moments de tristesse et de joie, de découragement et d’espoir, au fil des rencontres...
L'ensemble est intelligemment découpé en cinq actes, avec des ellipses de deux ans entre chaque, donnant ainsi constamment du souffle au récit. Si sa première partie, ultra réaliste sur les conditions de vie des immigrés clandestins, revêt des allures de documentaire, le film prend ensuite un virage beaucoup plus romanesque jusqu'à se transformer en mélodrame.
Un récit au charme désuet indéniable qui frappe par sa pudeur et son élégance, le tout teinté en permanence d'une forme de tristesse, renforcée notamment par l'omniprésence de la musique raï, aux accents aussi festifs que mélancoliques, et qui nous rappelle la portée sentimentale et le pouvoir réconfortant de la musique. Un sentiment également évoqué par l'un des personnages lors de l'épilogue : "Les riches fuient la tristesse, nous on l'aime et on apprend à vivre avec".
Le film est remarquablement interprété. Le magnétisme et la classe d'Anna Mouglalis irradient le film d'un bout à l'autre. Grégoire Colin incarne le personnage atypique de Serge, avec un physique et un look tout droit sortis du cinéma de Kaurimäski. Ayou Gretaa, sombre et solaire à la fois, est parfait pour illustrer ce mélange de fragilité et de force, et la quasi impossibilité pour ces migrants qui abandonnent tout dans l'espoir d'une vie meilleure pour eux et pour les leurs, à trouver une forme de sérénité. Les relations qui se nouent entre les trois protagonistes sont complexes, bien loin des stéréotypes et frappent par leur liberté.
Avec ce deuxième long métrage, Saïd Hamich prouve qu'il est possible, même avec des moyens modestes, de réaliser une oeuvre puissante, un magnifique roman sur l'exil.
Il y 7 ans, le réalisateur franco-marocain Saïd Hamich avait fait naître de belles promesses avec "Retour à Bollène", son premier long métrage, un film qui, malgré sa brièveté (67 minutes), regorgeait de moments très forts. On ne peut qu'être déçu à la vision de "La mer au loin", son 2ème long métrage, un film qui, bien que beaucoup plus long (près de 2 heures), présente beaucoup moins de moments forts, un film dont le récit donne souvent l'impression de tourner en rond. Le réalisateur a souhaité ajouter une dimension romanesque à laquelle il est difficile de croire à la peinture, très réaliste, des difficultés liées à l'exil. Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas. C'est à Marseille que se déroule la plus grande partie de l'action, mais c'est un court épisode qui se passe dans le nord-est du Maroc, à Oujda et à Saïdia, qui représente le sommet du film. La période prise en compte, 1990/1999 est celle où le RaÏ, musique née en Oranie, a rencontré un succès international : on en entend pas mal dans le film. Finalement, c'est dans la photographie due à Tom Harari, le frère d'Arthur et le beau-frère de Justin Triet, que réside la qualité principale du film.
Un des meilleurs films vus récemment. Histoire originale, acteurs excellents. Un marocain sans papiers, un couple anticonformiste. J’ai particulièrement aimé Grégoire Colin.
On suit Nour et son arrivé dans la France de 1990 dans un Marseille chaleureux, bigarré, ou tout les coups sont possibles, les mauvais d'abord, les bon ensuite, ou l'on finit par trouver une famille de substitution. C'est un film à plusieurs niveaux d'émotion, sur l'exil, l'errance, la solidarité. Les nombreux seconds rôles apportent de la densité, ce ne sont pas toujours ceux qu'on pense qui vous viennent en aide, le film balance dans un clair-obscur de ses personnages et de son voyage. Le film a une portée romanesque, étalé sur une durée de 10 ans. Le final à quelque chose de fort touchant lorsque le heros revient sur ses terres. Les acteurs sont très bon avec une mention pour Grégoire Colin, grand acteur trop méconnu du grand public, sans oublier le magnétisme d'Anna Mougladis
Un film émouvant sur l'exil, servi par des acteurs formidables et une bande-son au firmament du rai. Un scénario romanesque en trois chapitres et un épilogue, des personnages appréhendés dans leur complexité, des dialogues justes et fluides. Il a tout d'un grand film. À voir et revoir.
Un excellent film sur la difficulté et la nécessite de l'exil, son impacte sur l'exilé, les vies qu'il a laissé derrière et ceux qu'il laissera encore.
Très beau film sur l'exil vu hier à l'espace 1789 de Saint Ouen. C'est très touchant, pudique sans aucun pathos. Et les interprètes sont vraiment épatants dans le jeu de ces personnages, complexes, sensibles, attachants. Je le recommande vivement. Bravo Saïd Hamich Benlarbi.
Je suis très surpris par certaines des critiques assassines. Le film est magnifique en tous points et est surtout une immense tendresse et humanité. Il fait revivre la naissance du raï, le Marseille des années 90-2000 et est joué magnifiquement par un trio d'acteurs qui ont la grâce. Un film qui reste très longtemps en tête.
Enfin un grand film sensible et rare qui aborde la vie en France du point de vue de ceux qu’on invisibilise toujours. Le personnage m’a permis de comprendre et de ressentir ce que peut être un parcours d’exilé. Et la musique est géniale
Film magnifique autant dans les prises de vue, le jeu des acteurs, la musique (génialissime) et les thématiques abordées (malheureusement pour certaines - comme le racisme et la bienveillance malgré nos différences, encore d’actualité alors que le film se situe dans les années 90). Un film qui questionne et prône la tolérance sur la diversité du genre humain. Bravo !