« La Mer au loin », beau film triste et touchant, suit le parcours de Nour, jeune marocain clandestin, sur les années 1990 à 2000. A Marseille, il mène d’abord avec ses amis une vie légère à la marge entre larcins, squats, fêtes et amourettes avant d’être rattrapé par son statut de sans-papiers. Lors d’un contrôle, Nour rencontre Serge, un flic charismatique qui le prend sous son aile avec Noémie avec laquelle il forme un couple peu conventionnel dans une période marquée par le sida.
La mer, si loin, si proche. La mer (la Méditerranée) qu’on ressent différemment d’un côté à l’autre, la mer qui avive la douleur de l’exil et qui, avec le temps, devient un gouffre. La terre natale qui finit par se dérober à soi, la terre d’accueil où l’on reste l’étranger. La famille restée au pays avec laquelle les liens se distendent, la famille qu’on se choisit.
Dans un Marseille des bas quartiers, le film raconte avec délicatesse une vie d’exilé faite d’obstacles, d’espoirs déçus, de résignation, mais aussi de moments de joie (où la musique et la danse transportent), d’amitiés solides et d’amour.
Dans son premier rôle au cinéma, Ayoub Gretaa convainc en émigré fougueux ou en retrait, lumineux malgré les épreuves. Grégoire Colin, silhouette massive, est remarquable dans le rôle de Serge, personnage magnétique à la sexualité libre, rejeté par son père et ses frères. Le personnage d’Anne Mouglalis à la beauté grave semble éperdu de solitude.