Avant toute chose : ce n'est pas du tout un film d'épouvante (n'allez surtout pas voir Presence avec l'optique d'avoir peur : l'affiche et le résumé vous vendent un tout autre film), mais plutôt un très joli drame sur la disparition d'un humain (on prend d'énormes pincettes pour ne rien vous dévoiler) que l'on incarne à la première personne dans une maison hantée (par nous-même, donc) qui voit arriver une petite famille dysfonctionnelle (deux parents d'accueils, et deux ados à problèmes), qui va changer au contact de l'esprit frappeur... Si l'on accepte qu'il n'y aura aucun jumpscare (nous sommes le fantôme, donc difficile d'être pris par surprise) au profit de quelques moments de mélancolie et d'autres moments d'envie de fracasser un certain personnage (le film excelle à nous le faire haïr), avec une mise en scène qui joue assez bien de son point de vue interne (les plans subjectifs ne sont pas redondants, sont plutôt beaux, on touche du bout du doigt la poésie d'un fantôme qui a peur des êtres humains... Oui, il y a une très belle mise en scène dans Presence) alors on découvre un subtil film sur le deuil (il y a un passif entre la famille et le fantôme, mais "chut chut" : bon visionnage pour savoir ce joli twist plein d'empathie), ponctué d'un grand méchant (pas celui que l'on croit :
ah, ce gentil jeune homme à la gueule d'ange, qui aime "saler" les boissons de ses conquêtes avec du poison... L'esprit frappeur, à l'inverse, est le Casper de l'histoire, qui essaie d'éviter à son amie - la jeune fille adoptive du couple, qui a vrillé à la mort de...nous-même, tout est lié - de finir en mode 360° dans le placard, avec nous : il n'y a pas de place pour deux dans ce range-chaussures
), et d'un final qui explore l'impossibilité d'action du fantôme sur les vivants auquel il tient (rassurez-vous, il n'y a pas de tarte à déguster : Ghost Story, ce n'est pas pour tout de suite) avec une scène assez agitée après un film calme et réfléchi. On aura quand même bondi (Lucy Liu et son cri strident, on vous retient...) dans un dernier plan malin, qui révèle un twist là encore inattendu :
on est maintenant le fantôme du jeune frangin adoptif qui s'est sacrifié pour sa sœur, sans que l'on sache vraiment à quel moment on a quitté le point de vue du fantôme de sa meilleure amie...
C'est bien joué, bien amené, et totalement cohérent avec la subtilité du film. Alors oui, si vous venez chercher le grand frisson, trompé par une affiche et un résumé complètement dans les choux, vous serez grandement déçu par Presence, qui est en réalité un drame entre Ghost Story (sans la tarte) et Here (le récent film de Zemeckis où l'on suit une famille dans une seule maison, d'un point de vue à la première personne), virtuose dans sa mise en scène, très planplan dans son rythme (mais ce n'est pas ce qu'il cherche), et d'une poésie désarmante sur les frontières ténues (fantasmées ou réelles, qu'importe) entre nous et ceux qui nous ont aimé.